Mort en 1980, marié à l'anthropologue Margaret Mead, Gregory Bateson fut un anthropologue, un théoricien de la cybernétique et de la schizophrénie. C'est en 1927 qu'il commença en Nouvelle-Guinée, chez les Iatmul, les recherches qui devaient, après un détour par des études sur l'alcoolisme à l'hôpital des Vétérans de Palo Alto, le conduire à l'idée … Lire la suite Initiations
Un canto semplice d’amore accordi
Luigi Nono et Nuria Schönberg
Chartreuse failles strates fêlures sources
On dit le massif de la Chartreuse, mais comme tout ce qui est massif, cette montagne dissimule des plis, troublants ou attirants, des replis d'inquiétude et des déplis lumineux, palpitation qui est aussi vibration de la lumière et présence de l'eau courante. De tous les blocs calcaires qui entourent les grandes chaînes des Alpes françaises, … Lire la suite Chartreuse failles strates fêlures sources
La nuit je mens je cours à travers la plaine
Le temps ne me fait pas peur M'a dit le boucher Coupant, hachant, accrochant. Pas question de rester au ciel, C'est ici-bas que j'habiterai toujours. Il me regardait, frottant Ses mains sanglantes Contre le blanc du tablier. Ma maison est près de l'étang Je pêche toute la nuit Des anguilles et des lunes Son coup … Lire la suite La nuit je mens je cours à travers la plaine
Au delà des murailles de flamme qui entourent le monde
Alors qu'aux yeux de tous, l'humanité traînait sur terre une vie abjecte, écrasée sous le poids d'une religion dont le visage, se montrant du haut des régions célestes, menaçait les mortels de son aspect horrible, le premier, un Grec, un homme!, osa lever ses yeux mortels contre elle, et contre elle se dresser. Loin de … Lire la suite Au delà des murailles de flamme qui entourent le monde
Par une nuit de soleil éclatant. Je suis dans la forêt et regarde ma maison aux murs couleurs de brume …
... Son bois est imprégné de quatre couches de joie et de trois couches de douleur. Quand celui qui l'a habitée meurt, on repeint la maison. Le mort la peint lui-même, sans pinceau, du dedans. De l'autre côté, il y a un terrain découvert. Un ancien jardin, aujourd'hui à l'abandon. Des brisants immobiles d'herbes folles, … Lire la suite Par une nuit de soleil éclatant. Je suis dans la forêt et regarde ma maison aux murs couleurs de brume …
Ce n’est pas moi qui ai tracé toutes ces lignes …
Détrompez-vous: Ce n’est pas moi qui ai tracé toutes ces lignes Mais, tel jour, une aigrette ou une pluie, Tel autre, un tremble, Pour peu qu’une ombre aimée les éclairât. Philippe Jacottet Gérard de Palézieux
Honoré parmi les renards et les faisans de la maison de la jeunesse
Sous les larges branches des pommiers Autour de la maison mélodieuse Heureux de voir l’herbe si verte, la nuit par-dessus Le Temps me donna de grimper couvert d‘or Fêté honoré parmi les chariots j’étais devenu le prince des villes des pommes Majestueusement, je possédais et les arbres et les feuilles Les chemins avec les marguerites … Lire la suite Honoré parmi les renards et les faisans de la maison de la jeunesse
La Chine des Esprits
Les esprits, est ce que ça existe? Voilà le genre de question qu’il vaut mieux éviter de poser à un Chinois! À moins que vous ne vouliez délibérément le mettre dans une situation embarrassante. Ce n’est pas que la réponse lui semblera douteuse, elle lui apparaîtra au contraire d’une telle évidence qu’il ne comprendra même … Lire la suite La Chine des Esprits
Dans ces monts où le bois est dur comme les marbres
J’ai trouvé quelquefois, parmi les plus beaux arbres De ces monts, où le bois est dur comme les marbres, De grands chênes blessés, mais où les bûcherons, Vaincus, avaient laissé leur hache dans les troncs. Le chêne, dans son nœud la retenant de force, Et recouvrant le fer d’un bourrelet d’écorce, Grandissait, élevant vers le … Lire la suite Dans ces monts où le bois est dur comme les marbres
Eugénie une étoile nouvelle dans le ciel de Maurienne
Dès les années 1900, la collecte des données relatives aux coutumes et traditions populaires était déjà engagée en France, notamment grâce aux travaux du grand folkloriste Arnold van Gennep (1873-1957) qui n’ignorait rien de la Savoie, où il avait passé son enfance, et à laquelle il consacrera de nombreuses publications. Mais la méthode ethnographique, consistant … Lire la suite Eugénie une étoile nouvelle dans le ciel de Maurienne
Et tu roules à nouveau vers la frontière de l’écriture
Un cercle de vide Quand la voiture marque l’arrêt La troupe contrôle Le numéro de la plaque Un soldat se penche à la portière Tu en vois d’autres sur la colline Qui t’observent derrière leurs mitrailleuses Tout n’est que pure interrogation Un fusil bouge et tu avances Avec prudence, détaché Plus vide, plus fatigué Par … Lire la suite Et tu roules à nouveau vers la frontière de l’écriture
Déconstruire dit-elle
Abbau: démontage. Abbau einer frestum: démantèlement d’une forteresse. Abbau von Beamten: suppression de personnel. Abbau-halde: exploitation minière, front de mine. En chimie: désintégration moléculaire. Décomposition, séparation, analyse. Derrida traduit Abbau par Déconstruction, attesté par Littré: déconstruire un poème est le transcrire en prose. Chez Luther, Abbauen -plier une tente- veut dire ôter les commentaires stratifiés … Lire la suite Déconstruire dit-elle
Les Biens des créatures intelligentes d’un monde indéfini ne rendent pas moindres ceux que nous possédons
Pour les prérogatives que la religion attribue à l'homme, et qui semblent difficiles à croire, si l'étendue de l'univers est supposée indéfinie, elles méritent quelque explication. Car, bien que nous puissions dire que toutes les choses créées sont faites pour nous, en tant que nous pouvons en tirer quelque usage, je ne sache point néanmoins … Lire la suite Les Biens des créatures intelligentes d’un monde indéfini ne rendent pas moindres ceux que nous possédons
Au cœur de la guerre civile
Lorsqu’il était étudiant Raffael Scheck, universitaire allemand, enseignant l’histoire de l’Europe moderne aux États-Unis (Université du Maine), découvre qu’un massacre de soldats noirs était intervenu aux environs de Lyon en 1940. Quelques années plus tard, il enquête sur cet épisode, découvre l’ampleur des tueries systématiques de tirailleurs sénégalais capturés, d’où un livre documenté qui décrit … Lire la suite Au cœur de la guerre civile
La naissance de la parole
Nous étions entrés dans un ravin dont le fond embroussaillé est jonché de pierres grises, ou rouges, qui semblent porter des marques. Et d'étés en étés nous avons déplacé beaucoup de ces belles plaques de safre, dégageant de la mousse qui les recouvre des lignes, des entailles, dont nous rêvions que c'étaient des signes. Que … Lire la suite La naissance de la parole
Il n’est pas nécessaire qu’on ait adhéré à son acte pour en être responsable
Gitta Sereny est engagée en 1967 par le Daily Telegraph Magazine pour écrire une série d'articles sur l'Allemagne de l'Ouest, et en particulier sur les procès des criminels nazis. Elle rencontre le commandant des camps d'extermination de Sobibor et Treblinka. Entre 1941 et 1943, sur une période qui n'excéda pas dix-sept mois, dans quatre camps … Lire la suite Il n’est pas nécessaire qu’on ait adhéré à son acte pour en être responsable
Hildegarde Martins
Hildegarde Martins, 6 ans en 1939 Épileptique, elle est placée au sanatorium de Wittenaü, où on diagnostique une idiotie congénitale. Elle est gazée en 1940. Le programme nazi d'euthanasie, dit T4, a été interrompue en 1941 à la suite des pressions de l’Église catholique allemande, après environ 70 000 assassinats. Il a servi de modèle … Lire la suite Hildegarde Martins
Dans cent mille ans
Les anciens animaux jaillissaient fût-ce en course, sur la voûte céleste Qu'une flèche évoquait d'arche en arche sur la lagune verte, pour le regard d'un coq Et le corps de l'Enfant Cloué La Constellation de la Faux Des potences, des roues, des billots écarlates, dans la cour cendreuse A l'heure où les grands archers chassaient … Lire la suite Dans cent mille ans
Danse en rêve, jeune fille
Jeune fille en mal de mariage, si vous vient le désir de voir votre futur époux en songe, voici ce qu'il faut accomplir soigneusement, dans l'ordre exact. Les neuf derniers jours de janvier matin et soir allez prier devant l'autel de votre église. Au premier du mois de février, confessez-vous, communiez, rentrez paisiblement chez vous. … Lire la suite Danse en rêve, jeune fille
Voyez, dis-je à mon ami, ces gens ne sont pas de la même religion que vous, ils voient autrement les couleurs
Mais où avais-je pris qu'il y avait eu un ami? Je ne voyais autour de moi maintenant que des inconnus, hommes et femmes pressés qui poussaient sur le pont leurs grosses valises. Des débris de rubans, vestiges de la joie et de l'espérance, se dissipaient sous leurs pieds dans les flaques jetées par l'embrun nocturne. … Lire la suite Voyez, dis-je à mon ami, ces gens ne sont pas de la même religion que vous, ils voient autrement les couleurs
Ma mémoire, monsieur, est comme un tas d’ordures
Je me le rappelle (je n'ai pas le droit de prononcer ce verbe sacré; un seul homme au monde eut ce droit et cet homme est mort) une passionnaire sombre à la main, voyant cette fleur comme aucun être ne l'a vue, même s'il l'a regardée du crépuscule de l'aube au crépuscule du soir, toute … Lire la suite Ma mémoire, monsieur, est comme un tas d’ordures
Les névrosés souffrent de réminiscences. Seulement c’est notre lot à tous …
Pour le sujet qui doit advenir au cours d'une psychanalyse, la question de l'origine est celle de l'origine de toute question: elle renvoie à ce qu'il est convenu d'appeler la scène primitive, au cours de laquelle le sujet a été conçu et à laquelle il n'a évidemment pas assisté. Son père et sa mère ont … Lire la suite Les névrosés souffrent de réminiscences. Seulement c’est notre lot à tous …
Ne pas abandonner le corps des dieux
Un jour les dieux se retirent. D'eux-mêmes ils se retirent de leur divinité, c'est-à-dire de leur présence. Ils ne s'absentent pas simplement: ils ne vont pas ailleurs, ils se retirent de leur propre présence. Ils s'absentent dedans. Ce qui reste de leur présence, c'est ce qui reste de toute présence lorsqu'elle s'est absentée: il reste … Lire la suite Ne pas abandonner le corps des dieux
Que les loups se vivent de vent
Dans l'œuvre de Villon il n'y a ni jardins, ni printemps. La pluie, le vent, le soleil des misérables frappent avec la même tranquille dureté les murs et les portes des cabarets, les murailles fortes et les barreaux des prisons, où Villon, de force ou de gré, repose son maigre corps, son cœur sans honte. … Lire la suite Que les loups se vivent de vent