I Les ruines circulaires

Nos sociétés mondialisées sont paradoxalement celles où s’impose l’expérience d’une privation de monde sans précédent. Plusieurs dimensions de cette privation sont analysées ici, notamment l’expérience temporelle d’un présent éternel, l’épuisement de l’historicité et l’accélération frénétique des maintenant successifs. Quant au lieu où se joue originairement la privation de monde, Franck Fischbach soutient la thèse qu’il … Lire la suite I Les ruines circulaires →

II Le temps qui sert à quantifier le travail est un temps révolu …

Franck Fischbach C’est au demeurant de cette dimension spatiale du capital que Marx part immédiatement dans le livre 1 du Capital, et cela dès la première phrase: affirmer, comme il le fait, que la richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode capitaliste de production apparaît comme une gigantesque accumulation de marchandises, c’est aussitôt indiquer … Lire la suite II Le temps qui sert à quantifier le travail est un temps révolu … →

III Il est inévitable et nécessaire pour le Capital qu’existe une masse de main d’œuvre employable et indéfiniment inemployée

Franck Fischbach Cela signifie qu’on ne peut pas se contenter de l’opposition entre, d’une part, le capital comme travail passé accumulé, objectivé et spatialisé et, d’autre part, le travail vivant, actuel et présent: en tant qu’il est actuel, c’est-à-dire à l’œuvre et en train de s’objectiver, le travail est déjà passé sous l’emprise du capital. … Lire la suite III Il est inévitable et nécessaire pour le Capital qu’existe une masse de main d’œuvre employable et indéfiniment inemployée →

IV Le capital est du travail mort qui ne s’anime, tel un vampire, qu’en suçant du travail vivant, et sa vie est d’autant plus allègre qu’il en pompe davantage

Franck Fischbach Voilà qui amène à comprendre que l’extension spatiale du capital est un trait décisif de la forme de domination sociale qu’il incarne et exerce. Le règne tyrannique de la valeur se manifeste et apparaît comme une accumulation spatiale de plus en plus énorme de travail objectivé: plus cette masse de travail objectivé s’accroît, … Lire la suite IV Le capital est du travail mort qui ne s’anime, tel un vampire, qu’en suçant du travail vivant, et sa vie est d’autant plus allègre qu’il en pompe davantage →

V Nous sommes prisonniers d’un éternel présent, et les évènements défilent sur l’écran

La privation de monde Tout cela nous permet de comprendre que Lukacs n’a pas eu tort d’attribuer au capitalisme une nature essentiellement statique et spatiale, ce qui l’a conduit à faire du point de vue dynamique, tem­porel et historique le point de vue à partir duquel peut être effectuée une critique du capitalisme. Ce que … Lire la suite V Nous sommes prisonniers d’un éternel présent, et les évènements défilent sur l’écran →

VI L’Intelligence Artificielle, l’organisatrice du plus désuet des taylorismes …

La privation de monde Peut-on encore aujourd’hui, comme Lukacs nous le proposait, chercher du côté de l’histoire ou, mieux, du côté de l’historicité une ressource pour résister au processus capitaliste de négation du temps par spatialisation? L’espace, ou plutôt la spatialisation est inséparable de la réification dans la mesure où une conception spatiale de la … Lire la suite VI L’Intelligence Artificielle, l’organisatrice du plus désuet des taylorismes … →

VII A la fin du 18éme siècle, le rapport entre Nature et Histoire commence à se modifier en faveur de l’histoire …

Franck Fischbach Il est remarquable que, dans le texte de Lukacs, la fluidification possède le sens d’une historicisation, c’est-à-dire d’un processus qui a pour effet ce qu’on pourrait appeler une nouvelle temporalisation de l’histoire. Par fluidification, Lukacs entend la transfor­mation en processus des objets dès lors qu’ils sont saisis comme moments de l’évolution sociale. La … Lire la suite VII A la fin du 18éme siècle, le rapport entre Nature et Histoire commence à se modifier en faveur de l’histoire … →

VIII C’est parce qu’elle se voit comme émancipée de la nature que la société moderne se conçoit comme étant de part en part historique

La privation de monde A l’époque des Manuscrits de 1844, Marx semble donc soutenir en matière de philosophie de l’histoire plusieurs thèses que l’on peut résumer de la manière suivante. Il part d’une unité de la nature et de l’histoire, concevant l’histoire spécifiquement humaine dans la continuité avec la nature et comme la continuation même … Lire la suite VIII C’est parce qu’elle se voit comme émancipée de la nature que la société moderne se conçoit comme étant de part en part historique →

IX Une formation sociale inédite, la seule et la première où la production est la finalité de l’homme

La privation de monde Seul un tel arrachement à la terre a permis que soit produite la masse des travailleurs libres forcés de vendre leur force de travail et contraints d’entrer dans le processus indéfini de la valorisation du capital. Mais c’est aussi ce même rassemblement et cette mise à disposition d’une immense masse de … Lire la suite IX Une formation sociale inédite, la seule et la première où la production est la finalité de l’homme →

X L’histoire est comprise à la fois comme un progrès et comme un processus dont les hommes ont essentiellement la maîtrise …

La privation de monde Oh! Allan Kardec, Henri Bergson, Gilles Deleuze, et d’autres mages gnostiques de moindre envergure, avaient bien prêché la venue d'un Temps vécu comme fluidité dénaturée par la Mesure … Croyaient-il s’échapper ainsi des Banlieues Obscures? Aucune chance! On obtient ainsi une image de la production et de la société capitalistes où … Lire la suite X L’histoire est comprise à la fois comme un progrès et comme un processus dont les hommes ont essentiellement la maîtrise … →

XI Il y a eu de l’histoire, autrefois

La privation de monde La dystopie orwellienne est plus actuelle que celle d'Huxley, malgré tant d'apparences C’est dans la société capitaliste que se forme une conscience historique et que se constitue une vision historique du monde: mais ce qui est tout aussi caractéristique de la société capi­taliste, c’est sa tendance à s’excepter elle-même de la … Lire la suite XI Il y a eu de l’histoire, autrefois →

XII Un travail qui ne produirait pas de la valeur, mais créerait des œuvres …

La privation de monde Je crois que, pour le comprendre, il faut garder à l’esprit que les Allemands entendent ou, en tout cas, peuvent entendre dans le mot Arbeit quelque chose de très différent de ce que nous entendons immédiatement dans notre terme de travail. C’est cette diffé­rence fondamentale qui est indiquée et rappelée par … Lire la suite XII Un travail qui ne produirait pas de la valeur, mais créerait des œuvres … →

XIII Le travail rend manifeste à l’existant l’exposition-au-dehors de son être comme constitutive de cet être même

La privation de monde Que l'existant soit transporté dans le présent du travail, écrit Heidegger, et qu’il s’étire dans l’avenir et dans l’ayant-été, c’est quelque chose qu’on ne peut pas entendre en restant dans l’optique de l’être subsistant de sujets individuels, qui sont dotés d’un intérieur, autour duquel il y a aussi quelque chose à … Lire la suite XIII Le travail rend manifeste à l’existant l’exposition-au-dehors de son être comme constitutive de cet être même →

XIV Habiter le temps

La privation de monde Mais quant à savoir d’où provient une telle dénaturation de l’historicité, du temps et du travail humain, c’est certes une question que Heidegger pose, mais c’est aussi une question qu’il laisse sans réponse. Que la question soit posée, c’est ce qu’atteste ce passage: Comment s’accomplit l’émergence du temps, tel qu’il vaut … Lire la suite XIV Habiter le temps →

Les patrons de la Tech et les magnats du pétrole mains dans la mains, un monde déjà mort qui gesticule encore

On serait passé de l’âge du charbon à l’âge du pétrole, puis à l’âge du nucléaire, et enfin à celui du numérique, selon une logique de transitions successives. Mais les dynamiques historiques ne fonctionnent pas ainsi. C'est la symbiose qui domine. L’âge du pétrole, c’est aujourd’hui. L’âge du charbon, c’est aujourd’hui. Et l’âge du nucléaire, … Lire la suite Les patrons de la Tech et les magnats du pétrole mains dans la mains, un monde déjà mort qui gesticule encore →

La tragédie des Enclosures et la poésie romantique

Sarah Vanuxem s’intéresse aux communs fonciers, ces terres dont les droits d’usage sont partagés par une communauté ou les habitants d’un village. Dans La Tragédie des enclosures (coécrit avec Antoine Constantin Caille, Les Liens qui libèrent), elle nous entraîne sur les traces du poète-paysan John Clare, témoin direct du mouvement des enclosures. Antoine Caille et … Lire la suite La tragédie des Enclosures et la poésie romantique →

Il y a des déplacements qui modifient la carte de ce qui est pensable …

Jacques Rancière: S’il y a un fil rouge dans ce que j’ai fait, c’est une tentative pour reformuler une question très simple: comment quelqu’un, à une place donnée, peut percevoir et penser son monde. C’est une remise en cause de la façon dont ce problème était compris sous le concept d’idéologie dans le marxisme ou … Lire la suite Il y a des déplacements qui modifient la carte de ce qui est pensable … →

1 La pandémie de Covid a mis en question le projet même de la modernité …

... Car elle a vu s’effondrer les infrastructures de l’économie globale sous l’effet d’un virus causé par ces mêmes infrastructures. Cette pandémie restera dans les mémoires d’abord pour ses victimes directes –plus de sept millions de personnes sont décédées en étant porteuses du coronavirus SARS-Cov2 selon l’Organisation Mondiale de la Santé- et indirectes: environ quatre … Lire la suite 1 La pandémie de Covid a mis en question le projet même de la modernité … →

2 Il s’agit désormais de prendre sur les humains le point de vue des Sentinelles

Télécharger Nous avons visité le zoo biblique de Jérusalem. Il a été fondé en 1940 par un professeur de zoologie de l’Université de Jérusalem, Aharon Shulov,. Ce parc zoologique expose environ 2200 animaux de plus de 270 espèces originaires du Moyen-Orient, dont la plupart étaient disparues ou en voie d’extinction. Aharon Shulov s’appuya d’abord sur … Lire la suite 2 Il s’agit désormais de prendre sur les humains le point de vue des Sentinelles →

L’anthropocène n’existe pas

... Du moins tel qu'il nous est vendu: le segment final d'un prétendu Grand Récit -un destin déjà écrit, qui courrait du Big Bang à l'élection de notre vieil ami Michel Serres à l'Académie Française, en passant par l'hominisation et la Croissance. Saisissons bien la ruse: l'anthropocène, et ses désastres, qui sont indubitables, est utilisé … Lire la suite L’anthropocène n’existe pas →

Le rapport Georges Orwell

Orwell n’expose pas une critique théorique. Le roman du totalitarisme achevé ne vient pas à la place d’une théorie politique. En écrivant une œuvre littéraire, Orwell suggère que la critique n’est pas un genre capable de résister à l’emprise totalitaire. Il y a plutôt entre elles une affinité ou une complicité. L’une et l’autre cherchent … Lire la suite Le rapport Georges Orwell →

Le messianisme nazi et les élites américaines

Le roman de Philip Roth Le Complot contre l’Amérique imaginait l’arrivée à la présidence des États-Unis, en 1940, de Charles Lindbergh. Si la victoire du célèbre aviateur, antisémite notoire et sympathisant du régime nazi, sur Franklin Delano Roosevelt relève de la fiction, l’influence du nazisme outre-Atlantique était bien réelle. Les tenants américains de l’eugénisme et … Lire la suite Le messianisme nazi et les élites américaines →

S’élèvent de la Terre du Feu et des Ténèbres

Coupée de gouffres profonds, d’abîmes, de fosses, de fondrières, de digues, de marécages, d’étangs, d’étendues de terre divisées et ramifiées en longs espaces plein d’épaisses forêts, de sources d’où, de pays en pays et de digue en digue, s’exhale une fumée, d’où, au loin, de pays en pays, s’élèvent du feu et des ténèbres. Ibn … Lire la suite S’élèvent de la Terre du Feu et des Ténèbres →

Un cerf qui tombe, c’est toi qu’il prend à témoin, toi qui as des yeux et ne vois pas que notre monde va finir

Les saisons, la montée des sèves, les couvées et les chants, la vibration des millions d’ailes dans la torpeur des étés, le crépitement des gousses mûres qui éclatent par la genêtière, la houle des vents d’équinoxe où criaillent dans la nuit, loin au-dessus des cimes grondantes, les grands vols de migrateurs, la lente chute balancée, … Lire la suite Un cerf qui tombe, c’est toi qu’il prend à témoin, toi qui as des yeux et ne vois pas que notre monde va finir →

L’État providence est la condition de la liberté

Timothy Snyder Nous ne sommes pas spéciaux parce que nous savons accorder les moyens aux fins, nous le sommes parce que nous avons des valeurs, et que nous les projetons dans le monde par nos décisions. Les résultats sont imprévus. Nous pouvons faire cela, pas les machines. Cette notion d’imprévisibilité me préoccupe donc beaucoup, car … Lire la suite L’État providence est la condition de la liberté →