Nous étions entrés dans un ravin dont le fond embroussaillé est jonché de pierres grises, ou rouges, qui semblent porter des marques. Et d'étés en étés nous avons déplacé beaucoup de ces belles plaques de safre, dégageant de la mousse qui les recouvre des lignes, des entailles, dont nous rêvions que c'étaient des signes. Que … Lire la suite La naissance de la parole
Catégorie : Poésie
Dans cent mille ans
Les anciens animaux jaillissaient fût-ce en course, sur la voûte céleste Qu'une flèche évoquait d'arche en arche sur la lagune verte, pour le regard d'un coq Et le corps de l'Enfant Cloué La Constellation de la Faux Des potences, des roues, des billots écarlates, dans la cour cendreuse A l'heure où les grands archers chassaient … Lire la suite Dans cent mille ans
Danse en rêve, jeune fille
Jeune fille en mal de mariage, si vous vient le désir de voir votre futur époux en songe, voici ce qu'il faut accomplir soigneusement, dans l'ordre exact. Les neuf derniers jours de janvier matin et soir allez prier devant l'autel de votre église. Au premier du mois de février, confessez-vous, communiez, rentrez paisiblement chez vous. … Lire la suite Danse en rêve, jeune fille
Voyez, dis-je à mon ami, ces gens ne sont pas de la même religion que vous, ils voient autrement les couleurs
Mais où avais-je pris qu'il y avait eu un ami? Je ne voyais autour de moi maintenant que des inconnus, hommes et femmes pressés qui poussaient sur le pont leurs grosses valises. Des débris de rubans, vestiges de la joie et de l'espérance, se dissipaient sous leurs pieds dans les flaques jetées par l'embrun nocturne. … Lire la suite Voyez, dis-je à mon ami, ces gens ne sont pas de la même religion que vous, ils voient autrement les couleurs
Ma mémoire, monsieur, est comme un tas d’ordures
Je me le rappelle (je n'ai pas le droit de prononcer ce verbe sacré; un seul homme au monde eut ce droit et cet homme est mort) une passionnaire sombre à la main, voyant cette fleur comme aucun être ne l'a vue, même s'il l'a regardée du crépuscule de l'aube au crépuscule du soir, toute … Lire la suite Ma mémoire, monsieur, est comme un tas d’ordures
Que les loups se vivent de vent
Dans l'œuvre de Villon il n'y a ni jardins, ni printemps. La pluie, le vent, le soleil des misérables frappent avec la même tranquille dureté les murs et les portes des cabarets, les murailles fortes et les barreaux des prisons, où Villon, de force ou de gré, repose son maigre corps, son cœur sans honte. … Lire la suite Que les loups se vivent de vent
Moi je m’argente, je brasille
L'un est fait de pierre, l'autre d'argile Et moi je m'argente, je brasille, Varier est mon affaire, Marina mon nom, Moi périssable écume de la mer. L'un est fait d'argile, l'autre de chair, Pour eux, les cercueils, les dalles funéraires, Au baptistère marin, moi je fus ondoyée. Et dans mon envolée, constamment rompue! À travers … Lire la suite Moi je m’argente, je brasille
Garde à jamais sauve ma parole pour son arrière-goût de malheur et de fumée
Pour la résine de commune endurance, pour le probe goudron du travail L'eau dans les puits de Novgorod sera noire et liquoreuse Pour qu'à Noël s'y reflète l'étoile aux sept nageoires. En retour, père mien, mon ami, mon aide de rudesse, Je -frère méconnu, mis hors la loi du cercle de son peuple- Promets de … Lire la suite Garde à jamais sauve ma parole pour son arrière-goût de malheur et de fumée
Ce que demandent les Muses à Jupiter, leur Père: la connaissance de la marche des astres et la justice dans la Cité
Donne-nous mon père, dit-elle, Père, dit-elle, donne-nous, Que notre chanson immortelle Passe en douceur le sucre doux! Fais-nous princesses des montagnes, Des antres, des eaux et des bois, Et que les prés et les campagnes S’animent dessous notre voix. Donne-nous cette double grâce De fouler l’enfer odieux Et de savoir la courbe trace Des feux … Lire la suite Ce que demandent les Muses à Jupiter, leur Père: la connaissance de la marche des astres et la justice dans la Cité
Manants résignés et funèbres
De ce terrain que vous fouillez, Manants résignés et funèbres, De tout l'effort de vos vertèbres, Ou de vos muscles dépouillés, Dites, quelle moisson étrange, Forçats arrachés au charnier, Tirez-vous, et de quel fermier Avez-vous à remplir la grange? Voulez-vous (d'un destin trop dur Épouvantable et clair emblème!) Montrer que dans la fosse même Le … Lire la suite Manants résignés et funèbres
Prière du Soir
Dans l'épais des ombres funèbres, Parmi l'obscure nuit, image de la mort, Astre de nos esprits, sois l'étoile du Nord, Flambeau de nos ténèbres. Délivre-nous des vains mensonges Et des illusions des faibles en la foi: Que le corps dorme en paix, que l'esprit veille à toi, Pour ne veiller à songes. Le corps repose … Lire la suite Prière du Soir
Le mystère que rien ne dompte, à même le sol dans l’étable
Aujourd'hui et comme toujours je peux les voir Par les yeux de l'esprit, Pâles, insatisfaits dans leurs lourdes étoffes peintes, Paraître, disparaître dans le gouffre du bleu du ciel. Ils ont des faces usées de pierre, mangées de pluies Dans la vague serrée des heaumes d'argent, Et ces yeux qui veulent encore. Qu'espèrent-ils? Insatisfaits de … Lire la suite Le mystère que rien ne dompte, à même le sol dans l’étable
L’humanisme est un existentialisme
J'ai l'esprit tout ennuyé D'avoir trop étudié Les Phénomènes d'Arate Il est temps que je m'ébatte Et que j'aille aux champs jouer. Bons Dieux! Qui voudrait louer Ceux qui, collés sur un livre, N'ont jamais souci de vivre? Que nous sert l'étudier, Sinon de nous ennuyer Et soin dessus soin accroître, À nous qui serons … Lire la suite L’humanisme est un existentialisme
De ses gens Malhoub s’est vidé …
Et Qutâbiyyât et Dhanoub Et Râqis et Thou'Alibât Et Dhât Firqayn et Qalîb Et Arda et Qafâ Hibirr Il n'y a plus âme qui vive! Les gens: remplacés par des bêtes! Leur état: changé par les choses! Terre héritée de tant de maux, Quiconque y séjourne a la guerre. Ou bien est tué ou ruiné … Lire la suite De ses gens Malhoub s’est vidé …
Sirandane? Sampek!
Il y a des milliers d'années, la nuit, autour d'un feu, dans une caverne, hommes, femmes, enfants s'exercent à cet art des devinettes qui les fait rêver, qui chasse toutes les peurs et crée tous les mystères.Beaucoup de peuples ont cultivé cet art des questions et des réponses. Pour eux, cela se mêlait à l'imaginaire … Lire la suite Sirandane? Sampek!
Une atteinte démoniaque à la réalité humaine en son droit le plus essentiel …
Je pense à ces images qu'a, depuis maintenant bien des années, rendues possibles la photographie optique puis digitale, en ses innombrables activités dérivées. Ces milliards d'images pseudo-exactes, avec toujours plus de manipulations, de distorsions, font éclater l'identité de l'être humain à lui-même. Car ce n'est pas la nature extérieure qui est modifiée cette fois, c'est … Lire la suite Une atteinte démoniaque à la réalité humaine en son droit le plus essentiel …
Dans le velours de la nuit soviétique
Qui peut délier la barque à la dérive Entendre l’ombre Vaincre la peur dans cette vie dormante Seuls à présent les baisers nous demeurent, Des abeilles minuscules Mourant hors de leur ruche Et qui murmurent dans les fourrés de la nuit Leur pain: le temps la luzerne et la menthe Prends mon présent sauvage Le … Lire la suite Dans le velours de la nuit soviétique
I Nous sommes en train de tuer celle que nous aimons, notre génitrice et sibylle …
C'est parce que la diversification des espèces préexiste à l'humanité et que nous avons évolué en son sein, que nous n'en avons jamais sondé les limites. En conséquence, le monde du vivant est le domaine naturel de la partie la plus dynamique et paradoxale de l'esprit humain. Notre sentiment d'émerveillement croît exponentiellement: plus nous en … Lire la suite I Nous sommes en train de tuer celle que nous aimons, notre génitrice et sibylle …
II À mesure qu’une nouvelle phase synthétique émergera de l’enquête scientifique, les Humanités élargiront leur empan et leur aptitude …
Une marche de trois jours depuis une station scientifique voisine du rivage méridional de Lae m'amena sur la crête de la chaîne de Sarawaget, à 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer. J'étais au-dessus de la limite des arbres, dans une zone herbeuse ponctuée de cycades, ces plantes gymnospermes trapues qui ressemblent à des … Lire la suite II À mesure qu’une nouvelle phase synthétique émergera de l’enquête scientifique, les Humanités élargiront leur empan et leur aptitude …
Les embruns les larmes
Depuis le début du XII éme siècle, certains moines aveugles au Japon se firent connaître comme biwa-hôshi. Ils chantaient des récits tirés du Dit des Heiké, une épopée chantant la gloire, et puis la chute, d'un clan de chevaliers, en s'accompagnant au biwa, un instrument à corde qui ressemble à la mandoline. Ils bénéficiaient d'une … Lire la suite Les embruns les larmes
Ils furent ce que nous sommes, poussière, jouets du vent …
Si leurs pieds souvent glissèrent, Si leurs lèvres transgressèrent Quelque lettre de ta loi, Ô Père! ô Juge suprême! Ah! ne les vois pas eux-même, Ne regarde en eux que toi! Si tu scrutes la poussière, Elle s’enfuit à ta voix! Si tu touches la lumière, Elle ternira tes doigts! Les mondes que tu répares … Lire la suite Ils furent ce que nous sommes, poussière, jouets du vent …
Leurs nuits sont plus belles que vos jours
L’émancipation ouvrière restait la pensée de la classe ouvrière conçue comme collectif, une pensée fondée sur des conditions douloureuses d’existence, sur des traditions et une culture propres. En travaillant sur les archives, j’ai découvert un paysage très différent. Ceux qui avaient donné consistance au mouvement ouvrier n’entendaient pas être les représentants légitimes de leur classe, … Lire la suite Leurs nuits sont plus belles que vos jours
Ainsi recommence, perpétuellement, un formidable autrefois, ainsi se refait, sans se répéter, la découverte du feu, de la hache, de la roue, du tour à potier
L'art commence par la transmutation et continue par la métamorphose. Il n'est pas le vocabulaire de l'homme parlant à Dieu, mais le renouveau perpétuel de la Création. Il est invention de matières en même temps qu'il est invention de formes. Il se construit une physique et une minéralogie. Il enfonce les mains dans les entrailles … Lire la suite Ainsi recommence, perpétuellement, un formidable autrefois, ainsi se refait, sans se répéter, la découverte du feu, de la hache, de la roue, du tour à potier
Longtemps j’ai habité la septième arche du pont Saint Bénézet
Man Ray, René Char, 1929