Extraits ... A l’ombre de nos pas perdus, se pose aujourd’hui encore la question bien humaine de résister. Le parcours commémoratif présenté ici propose une réponse possible entre les temps qui nous bousculent. Il réunit poèmes, témoignages vivants et lieux de mémoire autour de la Résistance. Bien qu’il s’y réfère explicitement, il ne se limite … Lire la suite Quand vous foulerez ce bouquet d’orties qui avait été moi dans un autre siècle …
Catégorie : Poésie
Pourquoi tu aimes les banlieues de l’aube à l’aurore, les friches au crépuscule et les usines abandonnées …
Ce qui m’anime, obstinément me hante, c’est de tenter d’atteindre le monde sans mon approche couvrante: le monde sans moi. Est-ce possible? Il me semble que non. Mais le monde peut parfois faire un pas vers nous. Et peut-être, mais ce n’est qu’une hypothèse que je risque: de même que le corps s’ouvre en ses profondeurs … Lire la suite Pourquoi tu aimes les banlieues de l’aube à l’aurore, les friches au crépuscule et les usines abandonnées …
Pour éclairer les jours antérieurs à nos jours
De temps à autre j’alimentais le feu en y posant une racine. La racine craquait; le foyer, assombri d’abord, chauffait le bois. L’écorce fendue s’enflammait et, sur la braise incandescente, une langue vive montait, qui se balançait dans l’air noir, comme l’âme même du feu. Cette créature vivait au ras du sol, sur son vieux … Lire la suite Pour éclairer les jours antérieurs à nos jours
Je lance des flèches dans la nuit Georgia
Je ne dors pas Georgia Je lance des flèches dans la nuit Georgia J’attends Georgia Le feu est comme la neige Georgia La nuit est ma voisine Georgia J’écoute les bruits tous sans exception Georgia Je vois la fumée qui monte et qui fuit Georgia Je marche à pas de loup dans l’ombre Georgia Je … Lire la suite Je lance des flèches dans la nuit Georgia
Χριστός Ανέστη
Hier au soir j’ai rencontré le Christ En haillons qui mendiait dans un coin Il était maigre et blême Dans le froid âpre de cet hiver Pas rasé claquant des dents Une affreuse toux lui déchirant sans pitié la poitrine On s’est assis sur un banc, j’ai sorti de mon manteau du cognac Je me … Lire la suite Χριστός Ανέστη
Tilia cordata vulgaris
Un arbre semble avoir été particulièrement admiré des populations médiévales: le tilleul. Les auteurs ne lui trouve que des qualités; jamais, cas unique à ma connaissance, il n'est pris en mauvaise part. On admire en premier lieu sa majesté, son opulence, sa longévité. En Allemagne, plusieurs documents nous parlent de tilleuls ayant à la base … Lire la suite Tilia cordata vulgaris
L’automne a sauté sur nous comme un renard …
... Il y eut une sorte de bond souple qu'on entendit tomber sur la terre au cours d'une nuit. Le lendemain, l'automne était là. Il commença par se vautrer lentement dans les prés. Il se frottait contre les barrières de peupliers et il laissait de son poil à tous les arbres. En se débattant, il … Lire la suite L’automne a sauté sur nous comme un renard …
Mon pays chat sauvage
Langue rocaille Langue rapace D’une fissure de la montagne Sourd une eau discordante Au goût âcre Et doux Pour vivre vraiment Je me prive mille fois Mille et mille fois Tous les jours De votre faculté à connaitre les fins Ossip Mandestam Hercule Seghers
Peu soucieux des tableaux et de la vieillesse
En classe d’Éthique, il y a bien des années, Notre professeur nous posait cette question chaque automne: S'il y avait le feu dans un musée Qui sauveriez-vous, un tableau de Rembrandt Ou une vieille dame à qui de toute façon Il resterait peu d'années à vivre? Impatients sur nos chaises dures Peu soucieux des tableaux … Lire la suite Peu soucieux des tableaux et de la vieillesse
Buongiorno Notte
Moi je m’en vais, je te laisse dans le soir Qui, triste pourtant, descend avec douceur Pour nous autres vivants, avec la clarté cendrée Que le quartier retient dans sa pénombre Et qui le transfigure. Le fait plus grand, et vide Alentour, et, plus loin, le rallume D’une vie ardente qui du rocailleux Brinquebalement des … Lire la suite Buongiorno Notte
Un fantôme l’été
Le loquet de bois, le fusil à la main, le fenil obscur Un rayon de soleil Où danse doucement la poussière La poussière du temps Un poêle, des faisselles. La literie et une échelle La Femme Grande Sur un barreau Elle monte Lentement A l'envers Dos au lit de planches En me regardant Souriante Ses … Lire la suite Un fantôme l’été
Du pauvre mois de mars il ne faut pas médire …
Du pauvre mois de mars il ne faut pas médire; Bien que le laboureur le craigne justement, L'univers y renaît; il est vrai que le vent, La pluie et le soleil s'y disputent l'empire. Qu'y faire? Au temps des fleurs, le monde est un enfant; C'est sa première larme et son premier sourire. C'est dans … Lire la suite Du pauvre mois de mars il ne faut pas médire …
La charrue qui retourne le tchernoziom du temps
Littérature? C’est ce que le premier chapitre de La nuit des prolétaires met en scène: la douleur purement intérieure de celui qui ne fait rien (René, Werther ou Oberman), donc la douleur par principe refusée à ceux qui travaillent, est la médiation par laquelle la douleur prolétaire peut se contempler. Les héros romantiques ne souffrent … Lire la suite La charrue qui retourne le tchernoziom du temps
1942
Ce sont des temps d’effroi, mon Dieu. Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire: ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider, et ce faisant, nous nous aidons nous-mêmes. C’est tout ce qu’il nous est possible de sauver en cette époque et c’est aussi la seule chose qui … Lire la suite 1942
Les Camions de la Nuit
Dans le bois une pompe à essence est cachéePas de grandes routes là-basIl y passe des loups Et les Camions de la Nuit Là vivent les Routiers Qui ont gagné leur vie par le dur labeur ou par les cartesLa rosée de la nuit tombe comme la chemise d'une femme seule Ils sont descendus de … Lire la suite Les Camions de la Nuit
Qu’est-ce que tu croyais ? Que la lutte serait facile ?
Si tu es las, si tu t’endors Personne ne viendra t’éveiller et te dire Debout le repas est prêt. Pourquoi le repas serait-il prêt? Si tu ne peux plus te traîner Tu resteras couché. J’ai trop lutté et je ne peux plus me battre. Ecoute: Si tu ne peux plus lutter, tu périras Que ce … Lire la suite Qu’est-ce que tu croyais ? Que la lutte serait facile ?
Marchand de sillages perdus
Marchant Marchant Marchand De visages battus et d’oiseaux inquiets Marchant dans la ville embrasée Marchand de sillages perdus De fantômes De vent d’eau d’odeurs Marchant dans une vie de chien Marchant Marchant Henri Michaud
La nuit je mens je cours à travers la plaine
Le temps ne me fait pas peur M'a dit le boucher Coupant, hachant, accrochant. Pas question de rester au ciel, C'est ici-bas que j'habiterai toujours. Il me regardait, frottant Ses mains sanglantes Contre le blanc du tablier. Ma maison est près de l'étang Je pêche toute la nuit Des anguilles et des lunes Son coup … Lire la suite La nuit je mens je cours à travers la plaine
Au delà des murailles de flamme qui entourent le monde
Alors qu'aux yeux de tous, l'humanité traînait sur terre une vie abjecte, écrasée sous le poids d'une religion dont le visage, se montrant du haut des régions célestes, menaçait les mortels de son aspect horrible, le premier, un Grec, un homme!, osa lever ses yeux mortels contre elle, et contre elle se dresser. Loin de … Lire la suite Au delà des murailles de flamme qui entourent le monde
Par une nuit de soleil éclatant. Je suis dans la forêt et regarde ma maison aux murs couleurs de brume …
... Son bois est imprégné de quatre couches de joie et de trois couches de douleur. Quand celui qui l'a habitée meurt, on repeint la maison. Le mort la peint lui-même, sans pinceau, du dedans. De l'autre côté, il y a un terrain découvert. Un ancien jardin, aujourd'hui à l'abandon. Des brisants immobiles d'herbes folles, … Lire la suite Par une nuit de soleil éclatant. Je suis dans la forêt et regarde ma maison aux murs couleurs de brume …
Ce n’est pas moi qui ai tracé toutes ces lignes …
Détrompez-vous: Ce n’est pas moi qui ai tracé toutes ces lignes Mais, tel jour, une aigrette ou une pluie, Tel autre, un tremble, Pour peu qu’une ombre aimée les éclairât. Philippe Jacottet Gérard de Palézieux
Honoré parmi les renards et les faisans de la maison de la jeunesse
Sous les larges branches des pommiers Autour de la maison mélodieuse Heureux de voir l’herbe si verte, la nuit par-dessus Le Temps me donna de grimper couvert d‘or Fêté honoré parmi les chariots j’étais devenu le prince des villes des pommes Majestueusement, je possédais et les arbres et les feuilles Les chemins avec les marguerites … Lire la suite Honoré parmi les renards et les faisans de la maison de la jeunesse
Dans ces monts où le bois est dur comme les marbres
J’ai trouvé quelquefois, parmi les plus beaux arbres De ces monts, où le bois est dur comme les marbres, De grands chênes blessés, mais où les bûcherons, Vaincus, avaient laissé leur hache dans les troncs. Le chêne, dans son nœud la retenant de force, Et recouvrant le fer d’un bourrelet d’écorce, Grandissait, élevant vers le … Lire la suite Dans ces monts où le bois est dur comme les marbres
Et tu roules à nouveau vers la frontière de l’écriture
Un cercle de vide Quand la voiture marque l’arrêt La troupe contrôle Le numéro de la plaque Un soldat se penche à la portière Tu en vois d’autres sur la colline Qui t’observent derrière leurs mitrailleuses Tout n’est que pure interrogation Un fusil bouge et tu avances Avec prudence, détaché Plus vide, plus fatigué Par … Lire la suite Et tu roules à nouveau vers la frontière de l’écriture
Déconstruire dit-elle
Abbau: démontage. Abbau einer frestum: démantèlement d’une forteresse. Abbau von Beamten: suppression de personnel. Abbau-halde: exploitation minière, front de mine. En chimie: désintégration moléculaire. Décomposition, séparation, analyse. Derrida traduit Abbau par Déconstruction, attesté par Littré: déconstruire un poème est le transcrire en prose. Chez Luther, Abbauen -plier une tente- veut dire ôter les commentaires stratifiés … Lire la suite Déconstruire dit-elle