Du pauvre mois de mars il ne faut pas médire …

Du pauvre mois de mars il ne faut pas médire;
Bien que le laboureur le craigne justement,
L’univers y renaît; il est vrai que le vent,
La pluie et le soleil s’y disputent l’empire.
Qu’y faire? Au temps des fleurs, le monde est un enfant;
C’est sa première larme et son premier sourire.

C’est dans le mois de mars que tente de s’ouvrir
L’anémone sauvage aux corolles tremblantes.
Et du fond des boudoirs les belles indolentes,
Balançant mollement leurs tailles nonchalantes,
Sous les vieux marronniers commencent à venir.

C’est alors que les bals, plus joyeux et plus rares,
Prolongent plus longtemps leurs dernières fanfares;
À ce bruit qui nous quitte, on court avec ardeur;
La valseuse se livre avec plus de langueur:
Les yeux sont plus hardis, les lèvres moins avares,
La lassitude enivre, et l’amour vient au cœur.

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Tant que régna chez nous le menuet gothique,
D’observer la mesure on se souvint encor.
Nos pères la gardaient aux jours de Thermidor,
Lorsqu’au bruit des canons dansait la République,
Lorsque la Tallien, soulevant sa tunique,
Faisait de ses pieds nus claquer les anneaux d’or …

Musset

Firmin-Massot: Madame Récamier