J’ai relu récemment, et même traduit (ce qui intensifie les lectures) la Résurrection, de Yeats. C’est une brève pièce de théâtre qu’un poème ouvre et un autre clôt, ou semble clore. On y entend trois jeunes gens, un Grec, un Juif, un Syrien, s’interroger dans le vestibule de la maison des Apôtres au lendemain de … Lire la suite 5 La souche obscure d’où montent ensemble et séparées ces intuitions majeures …
Catégorie : Poésie
C’était il y a un millier de portes
Quand j'étais une enfant solitaireDans une grande maison avec quatreGarages et que l'été était là Autant que je puisse me souvenir,J'étais étendue sur la pelouse la nuitLes trèfles se froissaient sur moiLes étoiles sages se couchaient sur moiLa fenêtre de ma mère, un entonnoirDe chaleur jaune qui se tarissait,La fenêtre de mon père, moitié ferméeEt … Lire la suite C’était il y a un millier de portes
Des ombellifères
Dans l'ombre des hauts chênes, dans leur nef aérée où, à peine a-t-on passé le seuil, on devient plus tranquille -comme dans une grande maison. On voit alors, éparses un peu plus haut que l´herbe sombre et vague, ces taches blanches qui bougent un peu, qui ont l´air de flotter, comme des flocons d´écume. En … Lire la suite Des ombellifères
De la fleur de fougère
La fougère ne fleurit qu'un instant, à minuit, et pour la voir fleurir il faut vaincre le diable. Celui qui ose tenter l'entreprise doit choisir, la veille de la Saint-Jean, la fougère qu'il désire voir fleurir; poser auprès la serviette dont il s'est essuyé le jour de Pâques. Il trace, avec le couteau dont il … Lire la suite De la fleur de fougère
1 Qu’est-ce que Clara ? Les marronniers en fleurs
De Platon à Heidegger, la philosophie a beaucoup parlé en dialogues, comme si ce type d’échange où chacun engage son manque et sa (vraie ou fausse) plénitude constituait pour elle un langage de référence dont tout système monologué doit, un jour ou l’autre, faire l’épreuve. Clara -un dialogue, précise le titre- illustre cette tradition de … Lire la suite 1 Qu’est-ce que Clara ? Les marronniers en fleurs
2 Si au sein même de la nuit une lumière se levait, si un jour nocturne et une nuit transfigurée nous entouraient tous, ce serait là le comble de tous nos vœux …
Le philosopher s'éveille avec le sentiment de la rude écorce du fini, sous laquelle l'infini se trouve enchainé, et en quelque sorte enseveli ... Le dialogue semble concerner un unique objet -le problème éternellement pressant de l’immortalité de l’âme. On peut certes justifier ce choix par la situation personnelle de Schelling, au lendemain de la … Lire la suite 2 Si au sein même de la nuit une lumière se levait, si un jour nocturne et une nuit transfigurée nous entouraient tous, ce serait là le comble de tous nos vœux …
4 L’Élixir végétal de la Grande Chartreuse
Pauvre âme vagabonde, passant superficiel, ouvrier sans racines! Voilà une potion magique qui te rapprochera de la Terre. D'où le fabuleux succès (commercial ...) des liqueurs monastiques, dès 1840 ... J’ai vu les plus beaux monastères du monde; souvent, sur le mont Cassin, dans la forêt de Camaldoli, ou le long du Main et du … Lire la suite 4 L’Élixir végétal de la Grande Chartreuse
Donne moi la main, que je te montre la passe des Espionnes
Elles recèlent la poésie en mélinite bien dosée dans des bonbonnes A volonté, elles changent de verdure Elles jouent à la roulette avec les jours de leurs calendriers C’est Rirette Maitrejean au cœur tremblant qui nous est à peine apparue Elle préparait si bien le thé pour la bande à Bonnot Les désirs roulaient autour … Lire la suite Donne moi la main, que je te montre la passe des Espionnes
La raison pour laquelle je devins le gardien du cimetière de Saint Guitton, Monsieur le Juge ? Mon Dieu, la faim et le froid …
Imaginez-vous quelqu’un, vêtu d’un complet d’été, ayant fait soixante kilomètres séparant deux villes: celle où on lui a refusé tout travail et tout secours, et celle qui fut son dernier espoir. Imaginez-vous cet être nourri de carottes glacées sentant le purin et l’engrais et de pommes reinettes, aigres et dures, oubliées sur l’herbe d’un verger … Lire la suite La raison pour laquelle je devins le gardien du cimetière de Saint Guitton, Monsieur le Juge ? Mon Dieu, la faim et le froid …
En ce temps là tu peignais des rêves pour Robert le Diable
Desnos en marchant sans fin par les rues Me lisait de longs manuscrits en prose à l’encre rouge Où se mariaient Jules Verne Sade et Nerval Toute parole en ce temps-là semblait avoir une odeur d’ambre Tu touchais à la nuit d’une façon distraite Comme à une porte ouverte sur un néant familier Tu peignais … Lire la suite En ce temps là tu peignais des rêves pour Robert le Diable
Le Bélier de la Nuit
Les architectes de Babel parlaient un jargon dépourvue de sens -intraduisible, puisqu’il voulait tout dire, galimatias démoniaque … Pape Satan, pape Satan, aleppe, s’écrie d’une voix enrouée Plutus au début du chant VII de l’Enfer. Ne convenait-il pas que le loup maudit aux lèvres enflées, le dieu des avares, le dieu de l’or, s’exprimât dans … Lire la suite Le Bélier de la Nuit
Mesurent-ils bien ce qu’ils préparent, ceux qui s’unissent aux filles des nains détestables, graisseurs de moyeux, piqueurs de bœufs lents, nettoyeurs d’étables ?
Partis du pays des hauts pics neigeux,Des vallons mouillés par les sources vives,Nous en emportons les rires, les jeux,Les frais souvenirs, sans chansons plaintives.Aux pays nouveaux nous trouverons mieux. Esclaves, hâtez la marche endormanteDes troupeaux. L’agneau sait téter alorsQue la brebis court en broutant la menthe.De vos aiguillons piquez les bœufs forts,Les bœufs paresseux que … Lire la suite Mesurent-ils bien ce qu’ils préparent, ceux qui s’unissent aux filles des nains détestables, graisseurs de moyeux, piqueurs de bœufs lents, nettoyeurs d’étables ?
Mon pays embaumé : 100 millions de dollars
J’appartiens à un pays que j’ai quitté. Tu ne peux empêcher qu’à cette heure s’y épanouisse au soleil toute une chevelure embaumée de forêts. Rien ne peut empêcher qu’à cette heure l’herbe profonde y noie le pied des arbres, d’un vert délicieux et apaisant dont mon âme a soif … Viens, toi qui l’ignores, viens … Lire la suite Mon pays embaumé : 100 millions de dollars
Au feu la nuit
La nuit c'est pour toi longer très longuement un murSans porte autour d'un parc broussailleux qui défendDemain sous ses ramures Louis Aragon a seize ans quand éclate la Première Guerre mondiale. Après sa réussite au baccalauréat, il entame, en 1916, des études de médecine à Paris, sous la pression familiale. Au Val-de-Grâce, le jeune homme … Lire la suite Au feu la nuit
Pour un orphisme quantique
Les constellations n'existent pas. Seules existent les étoiles qui les composent. C'est un lemme de la science moderne. C'est aussi l'un des traits différentiels qui séparent la phusis des Anciens et la Nature post-galiléenne.Que les constellations existent, cela suivait de la relation privilégiée qu'entretient la phusis au regard. Car elles se donnent à voir; en … Lire la suite Pour un orphisme quantique
Quand je quittai Circé, qui me cacha, plus d’une année là-bas près de Gaète …
La plus haute branche de la flamme antique Se mit à tressaillir en murmurant, Pareille à celle que le vent tourmente. Puis agitant sa pointe ça et là Comme si c’était la langue qui parlait, Elle jeta au-dehors une voix, et dit: Quand je quittai Circé, qui me cacha Plus d’une année là-bas près de … Lire la suite Quand je quittai Circé, qui me cacha, plus d’une année là-bas près de Gaète …
Un tombeau, un passant, et des eaux souterraines
Ci-gît, qui le croira?, une morte fontaine,Une fontaine, non, mais une belle fée,Artuze, qui laissa sa belle robe humaineSous terre, pour revoir dans le ciel son Alphée. Artuze, non, je faux!, c'est toi, nymphe Aréthuse, Qui de tes claires eaux la source fait tarir,Et tarissant n'y eut ni Charité, ni Muse,Qui ne pleurât voyant ta … Lire la suite Un tombeau, un passant, et des eaux souterraines
Quelles nouvelles de Clon-Mac-Noïse ?
En voici de toutes fraiches: les renards sont au cimetière et dévorent les restes humains Irlande, Anonyme, XIéme siècle Vieux mots usés et sages Qui pour un temps m’aviez fait compagnie Et si souvent porté secours D’où me revenez-vous ce soir? Bourdonnants, suspendus à mon cou Mots du secret, du souci et de l’ombre Murmures, … Lire la suite Quelles nouvelles de Clon-Mac-Noïse ?
Les Anges
C'était une vieille paisible. Elle vivait seule dans son mas avec quelques poules et sa chèvre. Tous les soirs, de Pâques à Toussaint (à Toussaint le beau temps mourait, avant Pâques il n'était pas né) elle allait passer la veillée chez ceux de la ferme voisine, au fin bout de la lande grise. Quand il … Lire la suite Les Anges
C’est une belle aventurière. Elle parle l’anglais, assez bien, et le martien à la perfection …
Une aventurière? Allons donc! C'est une demoiselle de magasin! ... D'un grand magasin, d'une de ces maisons de commerce d'où est bannie toute notion d'humanité et où les malheureuses sont contraintes de rester debout onze heures par jour, et exposées aux foudres de l'honorable patron pour chaque instant de repos pris à la dérobée et … Lire la suite C’est une belle aventurière. Elle parle l’anglais, assez bien, et le martien à la perfection …
Une Hélène de soleil et de vent
Tout se joue quand les Grecs s’introduisent dans la ville assiégée … Cette fameuse scène de L’Iliade est en fait racontée dans L’Odyssée quand Télémaque débarque, à Sparte, chez Ménélas et chez Hélène, tous deux enfin ensemble at home. Télémaque est à la recherche de son père, Ulysse, encore privé du retour. Il est très … Lire la suite Une Hélène de soleil et de vent
Άξιον Εστί
Louées soient la table en bois,Le vin doré avec le reflet du soleil,Les jeux de l'eau sur le plafond Loués soient les murmures insoumis de la solitudeL'ombre d'une ombre sur un mur Les îles avec la chaux,Les îles avec les arsenaux déserts Loués soient Siphnos, Amorgos, Alonnissos,Thassos, Ithaque et Santorin Louée soit la main de … Lire la suite Άξιον Εστί
Finalement qu’est-ce qu’il a inventé, Cyrano ?
Le lecteur MP3, d'accord. A l'ouverture de la boëste, je trouvé dedans un je ne sçay quoy de metal casi tout semblable à nos horloges, plein d'un nombre infini de petits ressorts et de machines imperceptibles. C'est un livre à la vérité, mais c'est un livre miraculeux qui n'a ny feuillets ny caracteres; enfin c'est … Lire la suite Finalement qu’est-ce qu’il a inventé, Cyrano ?
Terre, les grandes étoiles te regardent la nuit, toute la nuit, en bavardant comme des filles tsiganes
Ma terre, je suis ta fille Ma terre, ô mes forêts!Je suis ta fille. Les forêts chantent, la terre chante,et nous composons avec la rivière,le chant tsigane. J’irai par les montagnesla haute montagne,je porterai ma plus belle, ma plus riche jupetoute de fleurs cousues,et je crierai à tue-tête:c’est ici mon pays, rouge et blanc!Terre des … Lire la suite Terre, les grandes étoiles te regardent la nuit, toute la nuit, en bavardant comme des filles tsiganes
Le second niveau de la flamme
Le monde allait finir. Oui, le mal -car c’était donc un mal, en dépit de tant d’espérances- qui avait commencé avec la première idole grossièrement taillée dans la pierre, ou dès même la première entaille furtive sur un tronc d’arbre, allait achever son travail, remontant par les veines de la nature jusqu’aux métaux les plus … Lire la suite Le second niveau de la flamme