La nuit le feu

C’est pour toi longer très longuement un mur
Sans porte autour d’un parc broussailleux qui défend
Demain sous ses ramures

Louis Aragon a seize ans quand éclate la Première Guerre mondiale. Après sa réussite au baccalauréat, il entame, en 1916, des études de médecine à Paris, sous la pression familiale. Au Val-de-Grâce, le jeune homme se lie à à André Breton, qui l’encourage dans ses premiers pas poétiques et l’introduit, du haut de sa petite expérience, dans le monde littéraire parisien. Incorporé le 3 septembre 1917, Aragon ne part pour le front, en tant que brancardier, que le 26 juin de l’année suivante, après de longs mois à vivre la guerre de loin, partagé entre son désir de servir et son exécration des militaristes forcenés qui officient depuis Paris. Très vite promu adjudant-chef après avoir réussi le concours de médecin-auxiliaire, il rejoint le 355e RI et fait en Argonne l’expérience du feu, en portant secours aux blessés sur la ligne de front.

Le 6 août, enterré à plusieurs reprises sous les obus, il échappe de peu à la mort et obtient pour sa conduite héroïque la Croix de guerre, doublée d’une citation.