Spinoza’s Chthulcene greenwashing

Brazuca doit son titre à l’aveu du célèbre philosophe juif portugais Bento de Espinosa, néerlandisé sous le nom de Baruch Spinoza, qui confiait le 20 juillet 1664 à son ami Peter Balling halluciner le matin au réveil un brésilien noir et galeux à son chevet.

L’hallucination et son expression raciste évoquent la traite des esclaves africains exploités par la Compagnie néerlandaise des Indes Occidentales au Pernambouc. Elles disent le lien étroit du philosophe et de sa famille avec l’esclavagisme et le commerce colonial hollandais au Brésil -un lien qu’il a volontairement distendu, disons le aussi: il n’a pas gagné sa soupe de pois cassés au lard, délicieuse spécialité frisonne, par le commerce des esclaves, mais par le polissage des lunettes.

-Des lunettes d’approche pour les vaisseaux esclavagistes et conquérants …

-Oui. Importe donc le contexte: et ce n’est pas cet extraordinaire continuateur de la révolution copernicienne qui dirait le contraire.

Le contexte … En y replaçant la figure d’un Spinoza naguère canonisé par la bourgeoisie pensante, et célébré comme le Christ des philosophes, Brazuca déconstruit l’image euro-centrique de l’auteur de l’Éthique.

Bento de Espinosa, accompagné de son irréductible et bénéfique fantôme noir, qui sera toujours présent dans les machines quantiques, est ainsi replongé dans le bain diasporique de sang, de sperme et de merde de l’Anthropocène capitalogénique.

Dans le sillage du Manifeste anthropophage du fondateur du modernisme brésilien Oswald de Andrade, pour lequel le Brésil commence avec la dévoration par les Indiens Caeté du premier évêque portugais du Brésil, Brazuca exécute la déglutition salvifique par le Brésil, ses natures, ses peuples et ses littératures, du portugais hollandisé qu’Antonio Negri a reconnu comme le plus grand métaphysicien du capitalisme occidental.

Dignitas humanis? Mais non

Si les femmes étaient par nature les égales des hommes, si elles avaient au même degré la force d’âme, et les qualités d’esprit qui sont, dans l’espèce humaine, les éléments de la puissance et conséquemment du droit, certes, parmi tant de nations différentes, il ne pourrait ne pas s’en trouver où les deux sexes règnent également, et d’autres où les hommes seraient régis par des femmes et recevraient une éducation propre à restreindre leurs qualités d’esprit. Mais cela ne s’est vu nulle part et l’on peut affirmer en conséquence que la femme n’est pas par nature l’égale de l’homme, et aussi qu’il est impossible que les deux sexes règnent également encore bien moins que les hommes soient régis par les femmes.

Tractatus theologico-politicus, 1670, dans Œuvres IV. Traité politique. Lettres, Traduction et notes de Charles Appuhn, Garnier Flammarion, 1966, p. 114-115.