
John Constable
Il est un point où le poétique et le politique se confondent, c’est le projet de démocratie et les principes d’action qui immédiatement en découlent. Écrire la poésie, c’est vouloir se défaire de l’autorité des systèmes de représentations, n’est-ce pas? C’est donc délivrer la figure d’autrui des interprétations que ces systèmes nous font projeter sur elle, c’est rendre à autrui le droit d’exister devant nous de par ce qu’il est pour lui-même, et la liberté et l’égalité devant donc naître comme d’elles-mêmes à cet horizon qu’est la poésie, où s’effacent, si la recherche est réellement conduite, tous ces préjugés qui font que des langues se croient de l’absolu. La poésie est la propédeutique de la démocratie.
Au XVéme siècle, la redécouverte de la beauté, de l’unité, de la vérité du corps vivant grâce à quelques statues antiques surgies de la terre, de l’herbe, à la poésie pastorale grecque et latine redécouvertes, avait balayé les abstractions, ce fut révolutionnaire, tout l’avenir à nouveau.
Je souhaite une Renaissance de cette sorte, et c’est pourquoi, d’ailleurs, je m’intéresse à la peinture des siècles qui nous précèdent car il y a dans les figures humaines, les arbres, les ciels chez Titien, Poussin, Ruysdael, tant d’autres, une immense réserve de réalité à laquelle on peut encore puiser, même si le dehors du monde nous fait défaut à cause de trop de terrains vagues bordés de zones de loisirs qui grimacent.
Yves Bonnefoy