J’ai voulu nouer les mains errantes de la nature

Le soi est en soi négativité. S'il est désigne comme le soi, ce n'est par aucun privilège accordé à l'iden­tité ni à la subjectivité. Hegel est le premier à sortir la pensée du règne de l'identité et de la subjectivité. Mais ainsi, il accomplit le programme de toute la philosophie, il l'expose comme tel, dans … Lire la suite J’ai voulu nouer les mains errantes de la nature

La vérité est en partance

Jean-Luc Nancy Marie-Madeleine arrive au tombeau où le corps du Christ a été placé. Elle s'adresse à lui, pensant parler à un jardinier. Pour que cette méprise soit possible, il faut que Jésus ne soit pas, ou pas immédiatement, reconnaissable. Or Marie-Madeleine le connaît depuis longtemps ... L'explication de sa méprise doit rester indécise: ou … Lire la suite La vérité est en partance

Les philosophes rient beaucoup, mais ne troublent jamais le service

Une remarque de John Locke. La Mettrie a troublé le service, ce qui n'a pas fait rire les philosophes attablés chez les Maîtres. On ne peut manquer d’être frappé par le mépris brutal que La Mettrie a suscité parmi ceux de ses contemporains généralement tenus pour matérialistes. D’Holbach affirme que l’auteur de L’homme-machine a raisonné … Lire la suite Les philosophes rient beaucoup, mais ne troublent jamais le service

Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire voltige-t-il encor sur tes os décharnés?

Je crois que nous ne nous entendons pas sur l’article du peuple, que vous croyez digne d’être instruit. J’entends par peuple la populace, qui n’a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ni la capacité de s’instruire; ils mourraient de faim avant de devenir philosophes. Il … Lire la suite Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire voltige-t-il encor sur tes os décharnés?

Sub ascia dedicavit

Égypte On est fort embarrassé d’expliquer cette sorte d’inscription qu’on trouve quelquefois sur les tombeaux (L’Encyclopédie, 1765). En Occident, au 1er siècle, l’incinération des morts, où brûle la matière pourrie et où s’envole l’âme vers le Soleil, disparaît peu à peu, remplacée par la réactivation du rite de l’enfouissement du corps dans la terre. Les … Lire la suite Sub ascia dedicavit

I Cette nuit la déesse a crié dans le temple

Ishtar mêlée d'Atargatis (les dieux ne sont pas des personnes, enfin aussi, un peu, mais plutôt des fonctions, qui ne cessent de s’emmêler): ici la Dame des sources, la parèdre du Seigneur des orages (logique) Beaucoup de récits évoquent des sta­tues agissantes. Ainsi, à Sparte, la statue d’Artémis Orthia, qui est petite et légère, devient tout … Lire la suite I Cette nuit la déesse a crié dans le temple

II L’épiphanie du Dieu Serpent

Vers 250, Nyarlathotep sur une monnaie du César Philippe II Alexandre, présenté par Lucien comme un aventurier sans scrupules, ambi­tieux, mais intellectuellement doué, entreprit de fonder un culte nouveau dans sa ville natale d’Abonoteichos, dans la province de Pont-Bithynie, au bord de la mer Noire. Il s’était procuré un grand serpent (inoffensif) pour lequel il … Lire la suite II L’épiphanie du Dieu Serpent

Sur ce taureau de fer qui fume, souffle et beugle, l’homme a monté trop tôt …

Sur ce taureau de fer qui fume, souffle et beugle,L'homme a monté trop tôt. Nul ne connaît encorQuels orages en lui porte ce rude aveugle ...Mais il faut triompher du temps et de l'espace,Arriver ou mourir. Les marchands sont jaloux.L'or pleut sous les charbons de la vapeur qui passe,Le moment et le but sont l'univers … Lire la suite Sur ce taureau de fer qui fume, souffle et beugle, l’homme a monté trop tôt …

La Femme, le Prolétaire et la Locomotive

Sur ce taureau de fer qui fume, souffle et beugle,L’homme a monté trop tôt. Jacques Rancière est peu disert sur la question écologique, dont on voit pourtant qu’elle devient décisive pour qui s’interroge sur sur la violence de classe. Pourtant la question d’une modernité technique traverse mezzo voce son œuvre, dans sa constante attention à … Lire la suite La Femme, le Prolétaire et la Locomotive

Pharaon est sauvé des eaux

Jean-Christophe Attias Comme chaque année depuis trois ou quatre décennies, nous organiserons, à la maison, un Seder, cette célébration domestique de Pessah, la Pâque juive, célébration marquée par un rituel précis, destiné notamment à susciter la curiosité des plus jeunes: consommation de certains aliments investis d’une forte signification symbolique (herbes amères, haroset, pain azyme), et … Lire la suite Pharaon est sauvé des eaux

Un Orphée prolétaire

Cette publication [Opuscules et lettres de Gabriel Gauny, Presses universitaires de Vincennes, 1983] met à jour un problème négligé, celui du rôle des formes philosophiques et religieuses liées à la tradition illuministe dans la définition de l'expérience ouvrière. Corot, Agar dans le désert, détail Les raisons de cette négligence sont assez claires: ces composantes philosophiques … Lire la suite Un Orphée prolétaire

Il a avancé dans son âge, et dans cette sauvagerie qui est pour lui la sagesse …

Eustache en Crète, XIVéme siècle Si seulement je pouvais le voir! Rien que le voir. Mesurer ce qu'il a sur la tête, ce bois d’os plus dur que le plus dur des bois d’ébène, né d’une souche aux plis de dentelle et sculpté tout le long des perches de nervures, rainures, perlures, jusqu’aux pointes lisses … Lire la suite Il a avancé dans son âge, et dans cette sauvagerie qui est pour lui la sagesse …

Demain les Psaumes

Traduits en grec avant Jésus Christ par les juifs, et en latin ensuite, puis en d’autres langues selon les traditions des Églises, notamment orientales, les Psaumes furent adoptés comme prophétie messianique du Christ et comme prière de son corps. Au long des heures (Laudes, Vêpres, Complies), les Psaumes forment la substance de l’office monastique. Le … Lire la suite Demain les Psaumes

Un esclave pour Crusoë

Enseignante à Sciences-Po et longtemps chercheuse associée au W. E. B. Du Bois Institute d’Harvard, Sylvie Laurent est bio­graphe de Martin Luther King (Points, 2016) et autrice de plusieurs essais mar­quants, dont Pauvre Petit Blanc (MSH, 2020), sur la peur du déclassement d’une Amérique blanche. Avec Capital et race l’américaniste plonge aux racines de ce … Lire la suite Un esclave pour Crusoë

L’anthropocène n’existe pas

... Du moins tel qu'il nous est vendu: le segment final d'un prétendu Grand Récit -un destin déjà écrit, qui courrait du Big Bang à l'élection de notre vieil ami Michel Serres à l'Académie Française, en passant par l'hominisation et la Croissance. Saisissons bien la ruse: l'anthropocène, et ses désastres, qui sont indubitables, est utilisé … Lire la suite L’anthropocène n’existe pas

La Nuit va dévorer le Monde

Martin Heidegger pose un diagnostic sur l'époque: le monde est devenu insensé! Et c'est bien pourquoi il est frénétiquement en quête de sens. Prolifèrent des interprétations qui tournent à vide, des valeurs en toc, des reconstitutions, des biopics, des ersatz, du strass et des simulacres. Et, plus éprouvant encore, toute chose est ainsi contrainte d’avoir … Lire la suite La Nuit va dévorer le Monde

Quelle est votre politique, Messieurs? Eh bien nous mangeons de la merde …

... Et puis nous déféquons. Et nous recommençons. Mais ce n'est pas une politique! Plutôt une attitude, en effet. Un ethos. Une posture nécessaire dans l'exercice des responsabilités, qui s'apprend dans nos Grandes Écoles. Nous appelons cela trianguler avec le populisme. Écoutez Sylvain Garniel: Il n'y a pas lieu de distinguer une morale, qui serait … Lire la suite Quelle est votre politique, Messieurs? Eh bien nous mangeons de la merde …

Guerre civile? Un petit verre de Chartreuse

On sait comment en 1940 les Pères, expulsés d'Italie, obtinrent de Georges Mandel, dernier ministre de l'Intérieur de la IIIéme République, l'autorisation de rentrer à la Grande-Chartreuse. Le maire de Saint-Pierre-de-Chartreuse, Auguste Villard réquisitionna les bâtiments, inhabités depuis trente-sept ans et y installa le R.P. général, Dom Ferdinand Vidal, accompagné de deux moines. C'était le … Lire la suite Guerre civile? Un petit verre de Chartreuse

Philosopher après la Shoah

Myriam Revault d’Allonnes Cette photo fait partie d’une série de quatre images. On connaît depuis peu le nom du photo­graphe: Alberto Errera, un officier grec. ­Déporté à Auschwitz-Birkenau en tant que juif, il a été placé dans le Sonderkommando: c’est eux qui brûlent les cadavres dans les fours crématoires ou les bûchers à ciel ouvert, … Lire la suite Philosopher après la Shoah

La direction spirituelle et la psychanalyse

La psychanalyse permet d’expérimenter que non seulement les profondeurs de l’homme sont le lieu de ténèbres toutes aussi profondes les unes que les autres, lieu de forces aveugles, violentes et opposées, ignorant le temps et la contradiction, forces pulsionnelles dont Freud a conceptualisé les destins possibles, mais aussi le lieu d’un inconscient jamais pathologique dont … Lire la suite La direction spirituelle et la psychanalyse

Wie nennt man die Gestapo ? Der Wind in einer Sommernacht

Que signifie en vérité? La vérité, c’est l’essence du vrai. A quoi pensons-nous quand nous disons essence? Habituellement, l’essence du vrai passe pour le dénominateur commun de tout ce qui est vrai. L’essence se présente à nous comme la notion du caractère général et générique qui représente l’Un valant pour plusieurs. Mais cette essence indifférente … Lire la suite Wie nennt man die Gestapo ? Der Wind in einer Sommernacht

1 L’animal doit être considéré comme un champ: tout à la fois matière et sens …

L’animal doit être considéré comme un champ, c’est-à-dire qu’il est tout à la fois physique et sens. Seulement un champ a des propriétés telles qu’il se distingue toujours des choses partes extra partes, car il comporte toujours une relation entre les parties et le tout. À la fois physique et sens: comment est-ce possible? Le … Lire la suite 1 L’animal doit être considéré comme un champ: tout à la fois matière et sens …