Quels rapports surgiront dans la ville-palimpseste entre l’archéologie et l’inconscient, l’inconscient et la mémoire, la mémoire urbaine et celle du promeneur?

Extraits du Manuel de St-Polycarpe 1896, par Monsieur Paquet, Lyon, le 15 Octobre 1896
Polycarpe fut évêque de Smyrne, Izmir en Turquie actuelle. Le nom de Πολύκαρπος (polykarpos) signifie beaucoup de fruit. Un saint utile à invoquer, comme le faisait Gustave Flaubert, pour conjurer la bêtise. L’auteur signait d’ailleurs parfois du nom de Polycarpe sa correspondance privée. Ah! Mon Dieu, dans quel siècle m’avez-vous fait naître! écrivait-il en citant le saint.
La version latine de ce prénom de Polycarpe, Fructuosus, a été portée par au moins un autre évêque martyr: saint Fructueux de Tarragone, qui fut brûlé vif en 259 avec ses diacres Euloge et Augure suite aux persécutions initiées par l’Empereur Valérien. Il faut croire que ce prénom prédispose au bûcher, parce que c’est également de la sorte que Polycarpe fut martyrisé quelques cent ans plus tôt. Le saint aurait eu la prémonition de cette fin: il fallait que s’accomplît la vision qui lui avait montré son oreiller en flammes, tandis qu’il priait, et qui lui avait arraché ce mot prophétique: ‘Il faut que je sois brûlé vif’.
La vie de Polycarpe nous est connue par Ignace d’Antioche, Eusèbe de Césarée et surtout Irénée -qui fut son disciple et qui, ayant quitté Smyrne, devint le deuxième évêque de Lyon. Il faut dire que le prédécesseur d’Irénée, Pothin, avait lui-même été martyrisé en étant roué de coups à plus de 90 ans.
Irénée rapporte que son maître Polycarpe avait reçu directement l’enseignement de saint Jean l’Évangéliste, ce qui place le christianisme des Gaules dans une filiation johannique. Son attribut caractéristique, outre la mitre d’évêque, est d’être représenté au milieu des flammes. Il protège les pompiers, avec sa parèdre, Sainte Barbe. Polycarpe joua un rôle très important dans l’église de son temps, s’opposant fermement aux sectes gnostiques.
Hélène Derieux
I Au Moyen-Age
Vers l’an 1400, tout le coteau au centre duquel s’élève l’église actuelle de St Polycarpe, était appelé du nom de St Sébastien, probablement à cause de la récluserie dédiée à ce Saint. Il était en grande partie planté de vignes.
Dans ces ermitages placés en divers endroits de la ville se refermaient des personnes pour toute leur vie. On leur dressait de petites chapelles et on leur passait par une fenêtre la nourriture qui leur était nécessaire. Il y en avait pour des hommes et pour des femmes. Celles de St-Clair et de St Sébastien étaient pour les hommes. On croit que l’origine des Recluseries remonte au commencement du VIe siècle, elles durèrent à peu près dix siècles.
La Recluserie de St Clair était situé à l’angle de l’escalier des Fantasques, aboutissant sur la place St-Clair. La chapelle fut probablement dévastée par les protestants en 1562; on l’a reconstruite en 1656, et aujourd’hui elle est remplacée par des maisons. Elle était très fréquentée, surtout le jour de St-Clair qui y était invoqué pour la vue et les maux des veux. Elle n’était ouverte, d’ailleurs, que quelques jours de l’année. C’est à cette Recluserie que se rattache la dénomination de St-Clair appliquée à une vaste étendue de territoire le long du Rhône:
Le Port St Clair (aujourd’hui Place Tolozan) -le quai St Clair- la place St-Clair- le chemin de St Clair (devenu cours d’Herbouville, nom du Préfet du Rhône de 1606 à 1810) et enfin la Paroisse St-Clair, autrefois le Faubourg de Bresse de la commune de Caluire.

1493 Lyon dans les Chroniques de Nuremberg
La Recluserie St Sébastien était presque au sommet de la petite côte St-Sébastien, ainsi nommée par opposition à la Grande Côte (aujourd’hui montée St-Sébastien -et non Montée de la Grand’côte). Elle était une des plus anciennes Recluseries dont il est parlé dans l’histoire de Lyon. Elle fut détruite en 1669.
Tel était l’état des lieux, lorsqu’en 1518, un maître de la monnaie de la Marquise de Montferrat, appelé Claude Besson, acheta un vaste terrain de l’Hôtel-Dieu et le partagea dans la direction du Nord-Est au Sud-Est par une rue qui porta d’abord le nom de l’acquéreur, et plus tard celui de la Monnaie.
Le Mardi de Pâques, le 19 Mars 1521, le Consulat, après avoir visité les lieux, décida que la rue ouverte le long de la vigne de Maître Claude Besson, pour y bâtir des maisons de côté et d’autre, aura au moins vingt pieds de large. C’était la largeur des plus grandes rue du temps.
Ce terrain appartenait encore en 1493 aux Frères Mineurs. Lors de la réforme de l’ordre, le Pape Alexandre VI avant obligé les Cordeliers à se désaisir de tous leur biens temporels, ils cédèrent cette vigne à l‘Hôpital du Pont du Rosne. En 1518, les recteurs de l’Hôpital ayant besoin d’argent pour payer les grandes réparations que l’on faisait à l’hôpital, et à La Grange Blanche qui en dépendait, mirent cette vigne en vente le 15 Mai de la même année. Claude Besson en resta adjudicataire pour le prix de vingt écus.

Un prud’homme, ou un bourgeois, par Corneille de Lyon, +1575
Le terrain acheté par Claude Besson fut revendu en plusieurs lots à divers citoyens. Au nombre de ces derniers, étaient les Caponi, les Espinassi, et les Thomassin. Leurs lots furent surnommés plus tard Petit Forez, par suite de l’acquisition qu’ils firent de la propriété de Jean de Forez, riche habitant de Lyon au XlVe siècle.
Ces propriétaires firent ensuite construire des maisons sur leurs terrains, celle des Caponi, située au-dessus de la nouvelle rue Besson, non loin de l’ancienne Place des Petits Pères, était connue sous le nom de Maison Verte. Une rue Caponi près de ce même endroit rappelle le souvenir de cette famille. Le plan scénographique qui date de 1545 à 1553 nous montre le nouveau quartier crée par Claude Besson déjà couvert de constructions. Dans le même temps, en 1518, on créa la rue Terraillle. Le nom de cette rue vient de ce qu’auparavant il y avait, en cet endroit, des poteries ou terrailles. Quant à la Rue Désirée, tout d’abord rue Gauteret-en-Terraille, date de 1536, elle est appelée Désirée parce qu’elle avait été longtemps sollicitée et désirée.
En 1600, Henri IV désireux d’établir à Lyon un hôtel de la Monnaie, acheta pour cela l’hôtel d’Antoine Grollier de Servières, auquel il donna en échange la terre de Quincieux. Or, comme la rue qui y conduisait (autrefois la rue du Temple) fut appelée Rue de la Monnaie, on distingua l’ancienne de celle-ci en faisant précéder son nom du mot Vieille.
La Congrégation des Pères de l’Oratoire du Oratoriens, fut instituée en 1564 à Rome. Saint Philippe de Néri, son fondateur, avait réuni ses disciples en une communauté à laquelle il avait donné des statuts particuliers. Les jeunes ecclésiastiques dont il s’était entouré se plaçaient le soir devant l’église de la Sainte Trinité, pour appeler le peuple à la prière, de là leur nom d’Oratoriens du mot latin Oratores: ceux qui prient. Cette institution fut approuvée en 1575 par une bulle du Pape Grégoire XI, et ne tarda pas à se répandre dans les principales villes d’Italie. Leurs membres ne prononçaient pas de vœux monastiques mais ils n’en était pas moins liés par la prière. Une de leur première Œuvre à Rome, fut la direction d’un petit hospice pour recevoir les pèlerins. Ils y joignirent l’enseignement des enfants et celui des jeunes ecclésiastiques.

Henri IV s’appuie sur la Religion pour donner la paix à la France
Quelle religion? La Religion. La Révocation se fit à Lyon sans grands drames. Les bourgeois protestants purent réaliser leurs biens avant l’exil.
En France, le Père de Bérulle, qui fut plus tard Cardinal, songea à établir une Congrégation sur le modèle de celle de l’Oratoire de Rome. En 1611, il assembla une assemblée ecclésiastiques, à Paris, au Faubourg Saint-Jacques, dans l’hôtel du Petit-Bourbon, là où s’élèvera plus tard le Val de Grâce. Il obtint des lettres patentes du Roi Louis XIII pour l’établissement de sa congrégation, et, en l’an 1613, le Pape Paul V approuva cette congrégation sous le titre de l’oratoire de Jésus. Le but du vénéré fondateur était de faire des prêtres modèles, tout en restant attachés, sous l’obéissance des évêques, aux fonctions extérieures du sacerdoce,
A peine cette congrégation était-elle née que le zèle apostolique de ses membres produisait les plus heureux fruits. Les évêques, en grand nombre, conjuraient le Père de Bérulle d’envoyer à leurs peuples de si bons ouvriers. Sur la fin de l’année 1616, l’archevêque de Lyon, Mgr le Cardinal de Marquemont, originaire de Paris, et qui connaissait le Père de Bérulle, lui manifesta le grand désir qu’il avait d’occuper ses disciples dans son religieux diocèse.

La fondation de l’Oratoire de Lyon fut résolue, et le 2 Décembre, les Pères s’établirent provisoirement à la Manécanterie et furent chargés des petits clercs du Chapitre. L’année suivante, ils achetèrent sur la colline de Saint-Sébastien, la Maison-Verte, qui appartenait aux Caponi. Une fois installés, ils firent élever une chapelle dédiée aux grandeurs de Jésus.
En 1621, le Père de Bérulle vint visiter cette maison qui n’avait pas encore cinq ans d’existence. Néanmoins, l’Oratoire y était prospère. L’amour des Sciences ecclésiastiques et le culte de la vie intérieure se prêtaient un mutuel appui, et déjà l’on pouvait admirer le résultat d’une si nécessaire alliance dans les sujets formés à cette forte et religieuse école. Grâce aux sympathies et à l’estime que la nouvelle congrégation sût mériter dès le début, les dons et les fondations ne lui manquèrent pas. En 1642, l’état de la congrégation était tel qu’elle acquérait des Espinassi une maison beaucoup plus considérable qui joignait leur clos et touchait la rue Vieille-Monnaie. Ils ne purent toutefois l’habiter que treize ans plus tard, époque à laquelle le prince et les cardinaux Barberini qui s’y étaient retirés à la mort d’Urbain VIII, changèrent de résidence.
En 1654, le 21 Avril, Mgr Camille de Neuville, qui avait succédé au Cardinal de Marquemont, leur permit de recevoir des clercs qui, sous le nom d’aspirants y faisaient une année d’épreuve, afin d’être admis dans la congrégation; la même année, au 16 Juin, il leur permit d’exercer dans toute l’étendue de son diocèse, tous les actes de leur ministère.

Un roi du lyonnais
En 1665, les Oratoriens firent l’acquisition de la maison du sieur Berthom, sise rue Vieille Monnaie. Neuf prêtres et trois frères résidaient alors dans la communauté. A cette même date 1665, voici ce que nous pouvons lire dans les Actes Consulaires de la Ville de Lyon:
Sur ce que Mgr l’Archevêque de Lyon a témoigné au Consulat, que pendant le dernier voyage qu’il a fait à la Cour, une personne de qualité lui aurait fait connaître de la part de la Reine, mère du Roi, qu’il serait chose très agréable à sa Majesté, s’il pouvait obtenir du Consulat quelques secours en faveur des Révérends Pères de l’Oratoire de Jésus, de la maison de cette ville, pour les aider à bâtir une église … Le Consulat sachant d’ailleurs que la ville et le public a grand intérêt d’aider et de contribuer à leur établissement, à cause des secours et des assistances qu’ils donnent, tant par les exercices ordinaires de piété et de bon exemple, que par le soin qu’ils prennent, par une charité véritablement chrétienne d’instruire des prêtres en leur Séminaire … Ont arrêté de faire payer les derniers communs, dons et octrois de ladite ville aux Pères de l’Oratoire de Jésus et leur abondent la somme de 15.000 livres pour aider à la construction d’une nouvelle église …
Par ce document, nous voyons non seulement la faveur dont jouissaient les Pères de l’Oratoire de Lyon, soit à la Cour, soit dans la ville, mais encore le bien qu’ils faisaient, nous voyons surtout qu’ils veulent construire non plus une chapelle, mais une église, c’est à dire un édifice important et définitif. Le secours considérable pour l’époque de 15.000 livres, de la part du Consulat, pour leur venir en aide, confirme cette supposition. Cette église est précisément celle qui devait être l’église paroissiale de Saint-Polycarpe.
La plus ancienne description que nous trouvons est celle de Clapasson, dans son livre Description de la Ville de Lyon, édité à Lyon, rue Mercière, 1741.

Thomas Blanchet, Le Christ et la cananéenne, détail
L’église de l’Oratoire décoré d’un ordre corinthien, serait une des plus jolies de la ville, sans les colifichets dont elle est chargée, et les arcs à pans coupés des tribunes, qui font un très mauvais effet; le grand autel a été refait depuis peu d’années. Il parait copié sur celui des Carmélites. Les deux grandes colonnes qui l’accompagnent sont de marbre de Savoie; Perrache a exécuté cet ouvrage et a fait aussi les deux figures de St-Joseph et de la Saint Vierge placées sur les côtés. Le tableau du milieu qui représente la Nativité est une des bonnes productions de Blanchet; on estime surtout beaucoup la gloire peinte dans la partie supérieure; le tabernacle de bois doré est encore un morceau de bon goût exécuté sur un dessin du même.
Le grand autel des Carmélites, dessiné par Blanchet, était précédé d’un avant-corps formé de deux colonnes en marbre rouge de Savoie, à base et chapiteaux dorés et terminé en haut par un fronton. Michel Perrache, sculpteur, né en 1686, mort en 1750, eut de sa femme Louise Pierre, dix sept enfants, parmi lesquels Antoine-Michel, aussi sculpteur, et qui fut ingénieur et directeur des travaux de la presqu’ile qui porte son nom. Il naquit en 1726 et mourut en 1779. Les deux figures exécutées par Perrache sont au fond du sanctuaire, de chaque côté du maître hôtel (en 1896).
Thomas Blanchet fut peintre et architecte, remarquable dans l’un et l’autre de ces arts. Eh architecture, il ne subsiste guère de lui que le grand escalier et le réfectoire du monastère des Dames de St-Pierre à Lyon. En peinture, ses œuvres ont en grande partie disparues. Comme tableaux d’église, il reste N.D. de Pitié qui est à présent (1896) dans la 3e chapelle à droite en entrant contre la paroi de gauche, dans l’église du Grand Hôtel Dieu. Le tableau de la Nativité peint pour les Oratoriens est conservé dans l’église de St-Polycarpe. Cette toile a 5 m 20 de hauteur sur 2 m 80 de largeur et est arrondie dans sa partie supérieure. Ce tableau se composé de deux zones à peu près égales; en bas, la Ste Vierge, assise au premier plan et un peu à gauche; St Joseph à genoux à droite, soulève les langes et contemple avec un air d’admiration; un rayon de lumière plus intense éclaire cette partie de la composition. Au deuxième plan, des bergers apportent des provisions; en haut des anges et des chérubins environnés de nuages descendent du Ciel. Cette partie est une des plus estimées. Au fond est la silhouette d’un grand escalier. La composition, le dessin, le coloris de ce tableau sont des plus remarquables. Ajoutons que si la Peinture a sa valeur, le cadre de bois doré en a aussi. Ce tableau est actuellement (1896) au-dessus de la chapelle de la Ste Vierge. Blanchet est mort à Lyon le 21 Juin 1689.

L’incendie de l’hôtel de ville de Lyon le 13 septembre 1674
Le tabernacle de bois doré n’existe plus. Il a été remplacé par un tabernacle de marbre. On voit encore un des tableaux cintrés exécutés par Blanchard dans la basse nef de gauche, au-dessus du petit confessionnal. La statue du Christ agonisant a disparu; elle a été remplacée par la statue en marbre blanc de St-François Xavier, patron de la Propagation de la Foi.
Simon Guillaume était l’exécuteur habituel des œuvres de Blanchet. Il fit par exemple les sculptures du grand escalier et du réfectoire du monastère de St-Pierre. Toutefois l’église n’avait pas encore sa façade. Les Pères de l’Oratoire avaient mis leurs soins et leurs ressources à l’ornement intérieur, faisant appel aux meilleurs artistes de la ville, pour la sculpture et la peinture; ils firent de même lorsqu’il s’agit de construire la façade de leur église. Après avoir, le 18 Mai 1756, sollicité l’alignement auprès du Consulat, qui voulût qu’on laissât au-devant de la façade un espace de quinze pieds de largeur, ils confièrent les travaux à un architecte de renom, Loyer.
Loyer demeurait rue Neuve des Feuillants. Né à Rouen en 1724, il avait fait ses études à Paris. Il fut appelé à Lyon, pour y bâtir le couvent des Génovéfains, près de l’église St-Irénée. Lorsque Soufflot, appelé à Paris, fut obligé de laisser inachevés ses travaux de l’hôpital, il choisit Loyer pour lui succéder, et le chargea de la construction du Grand Dôme. Loyer dirigea plusieurs autres constructions, celle entre autres de l’hôtel de Villars. Il écrivit de nombreux ouvrages d’architecture qui témoignent de sa compétence. Il fut membre de l’Académie de Lyon. Il mourut en 1807.

Cette façade plaquée contre le corps du bâtirent est dans le goût du temps et assez bien en rapport avec l’église. Elle a de grandes proportions et assez riche de détails. Le perron et le grand portail sont encadrés de quatre hauts pilastres accouplés par deux avec chapiteaux d’ordre corinthien. On voit au-dessus une petite balustrade et un fronton triangulaire colossal qui occupe toute la largeur de la façade. Au-dessus de la porte d’entrée était un groupe représentant l’Enfant Jésus au milieu de deux anges, œuvre de Chabry fils. Malheureusement, ce groupe a été mutilé pendant le Siège de Lyon. Il y a aussi, à remarquer, les deux grandes portes qui sont d’un beau travail.
En même temps que la façade, on construisit la tribune intérieure, au-dessus de la porte d’entrée. Cette tribune était loin d’avoir les dimensions de la tribune actuelle construite pour recevoir l’orgue. L’ancienne tribune dépassait un peu le tambour actuel. Sa forme et ses dimensions nous sont indiquées par un dallage correspondant qui est encore conservé.
En 1762, la faveur dont jouissaient les Pères de l’Oratoire leur fit offrir par le Consulat de remplacer les Jésuites (expulsés) au Grand Collège de la Trinité. Ils hésitèrent tout d’abord, puis acceptèrent et conservèrent ce Collège, malgré différentes polémiques soulevées par les partisans des Jésuites, depuis le 20 avril 1763 jusqu’en 1793.
Ils n’abandonnèrent pas pour cela leur résidence de la rue Vieille-Monnaie, toujours plus prospère. Une de leurs dernières constructions, en 1779, est une maison près de la porte d’entrée, rue Vieille Monnaie, alors sous les numéros 52 et 53, composée de caves, rez-de-chaussée, puis cinq étapes de deux bâtiments doubles séparés par une grande cour, avec une arrière- cour encore au-delà. Les biens des Oratoriens devinrent Biens Nationaux, en vertu de la loi du 2 Novembre 1789. La communauté comptait alors quinze membres, tant prêtres que frères.

Cérémonie de réouverture au culte de l’Église Saint Polycarpe, Izmir, 2025
Les Pères de l’Oratoire ne furent pas les seuls à venir s’installer sur la colline de Saint-Sébastien. Plusieurs autres communautés s’établirent, soit à la même époque, ou quelques années plus tard.
III Les Urselines
Même avant les Oratoriens, dès l’année 1612, nouvelles à Lyon, les Urselines fondèrent leurs premier établissement dans la rue Vieille-Monnaie, ci-devant rue Besson, sur le côté Nord. Une partie de l’emplacement est actuellement occupé par la maison portant le N° 33 en face de la rue Coysevox. L’acquisition faite par les Urselines comprenait un jardin et deux maisons. Elles restèrent toujours propriétaires de ce premier emplacement, elles l’agrandirent même le 14 Mai 1633, par l’acquisition de la maison de l’Espérance située jointe ladite rue de vent, les maisons, jardin et verger du sieur Espinassi, de bise et de soir, la maison qui fut de Claude Gaultier, le matin: ce sont elles qui firent bâtir en 1762, la maison du N°33 comme maison de rapport. L’allée est élevée de cinq marches au-dessus de la voie publique, ce qui explique l’abaissement du sol de la rue, exécuté en 177I . Cette surélévation au-dessus du sol de la rue peut servir faire distinguer les plus anciennes maisons de la Vieille Monnaie.
Paul Verhoeven en théologien illuminé
En 1622 les Urselines s’installèrent de l’autre côté de la rue, côté sud-est. Cet établissement définitif se composait de deux parties. La première était située sur la rue. Elle avait une longueur d’environ 144 mètres sur une largeur d’environ 28 m. Elle devait commencer en face de l’église St-Polycarpe au sommet de la rue Rosier. A cet endroit, on aperçoit contre la muraille sans fenêtres la maison portant le numéro 20 de la Rue Vieille Monnaie, des débris de colonnes et de pilastres. Ces restes sont le souvenir de la chapelle des Urselines qui s’étendait parallèlement à l’église de l’Oratoire, et jusque sur l’emplacement de la maison N° 1 rue Rozier, ouverte par suite de la démolition de ladite chapelle.
On n’oubliera pas l’extraordinaire méditation de Victor Hugo sur le monachisme. Un regard d’hier sur avant-hier. Et nous, nous regardons ce regard, et ce qu’il regarde.
Au milieu de l’immense église
Les touristes se pressaient dans la pénombre.
Une voûte s’ouvrait sur une voûte, et pas de vue d’ensemble!
La flamme de quelques cierges tremblotait ça et là.
Un ange sans visage m’enlaça
Et me murmura par tout le corps:
N’aie pas honte d’être homme, sois-en fier!
Car en toi, une voûte s’ouvre sur une voûte, jusqu’à l’infini.
Jamais tu ne seras parfait, et c’est très bien ainsi.
Aveuglé par mes larmes,
Je fus poussé sur la piazza qui bouillait de lumière
En même temps que Mr et Mrs Jones, Monsieur Tanaka et la Signora Sabatini
En eux, une voûte s’ouvrait sur une voûte, jusqu’à l’infini.
Tomas Tranströmer
IV Les Capucines du Petit Forez
Au pied de la colline ce St-Sébastien et de la Grande-Côte existait une propriété appelée le Petit-Forez, parce qu’elle avait appartenu au XlVe siècle à Jean de Forez, riche habitant de Lyon; elle était passée dans la suite aux Thomassin. C’est cette maison et cette propriété qui furent achetées pour le second couvent des Capuçins, à Lyon, par André Coste, banquier génois en 1622.
La Reine Anne d’Autriche favorisa de ses libéralités l’installation de ce nouveau couvent; en 1622, elle assista à la pose de la première pierre de l’église qu’elle fit bâtir à ses frais, et qui fut consacrée en 1635 sous le vocable de Saint-André, patron du bienfaiteur insigne André Coste. En 1790, cette église fut convertie en théâtre, sous le nom de Théâtre des Jeunes Artistes. Il n’en reste, aujourd’hui, que la trace d’une croisée à plein cintre que l’on peut remarquer dans le mur élevé qui fait face à l’escalier des Capuçins, au commencement de la rue Ste-Marie-des-Terreaux (cette rue fut ouverte en 1644). L’entrée du couvent était sur la petite place des Capuçins. La propriété des Capuçins était de deux à trois fois plus grande que celle des Urselines.

Place Forez. Pourquoi est-elle ronde, la Place Ronde? A cet emplacement, au carrefour des allées sablées du grand jardin du monastère, il y avait un vivier où méditaient des carpes -un vivier rond.
L’Ordre des Feuillants était une réforme de l’Ordre de Cîteaux par Dom Jean de la Barrière, abbé commanditaire de l’abbaye des Feuillants près de Toulouse. Le nouvel Ordre ne commença à être exempté de la juridiction de Cîteaux qu’en 1595 par le Pape Clément VIII. C’est vers 1619 que les Feuillants vinrent à Lyon. En commençant, leur installation fut très pauvre, ils durent mendier pour vivre. Leur pauvreté, leur vie austère leur méritèrent toutes les faveurs du Consulat dont ils étaient comme les aumôniers. Mgr de Neuville les favorisa et les aida, lui aussi, de ses bienfaits.
De 1619 à 1622, ils achetèrent aux sieurs de Pures et Ranquet des terrains, maisons, jardins, vergers, situés au bas de la colline de St-Sébastien près du Pont St-Clair. En 1631, 1658 et 1664, ils complètent leurs acquisitions. Dès 1621, ils construisent leur modeste église, qu’ils dédièrent à Saint Charles, Patron de leur insigne bienfaiteur, Mgr de Neuville. Cette église n’était pas très vaste; elle se composait d’une nef, et, derrière le maître-autel, du chœur des religieux et de la sacristie. A la hauteur du maître-autel et à droite, formant comme un bras de croix, se trouvait la chapelle des Scarron. L’église fut consacrée en 1689 et décorée par le peintre Leblanc. C’est dans cette chapelle que fut enterré Cinq Mars, exécuté avec de Thou, sur la place des Terreaux, par l’ordre de Richelieu, en 1642, le 12 Septembre.
Le monastère définitif des Feuillants ne fut commencé qu’en 1662. En 1740, les Feuillants cédèrent une portion du terrain de leur jardin à un entrepreneur oui s’engageait à y construire, à ses frais, des maisons dont il aurait la jouissance pendant un certain nombre d’années, afin de se dédommager, et après le terme convenu, elles devaient revenir à la communauté. Ce fut l’origine de la Grande Rue des Feuillants formée de ces maisons, à l’exception de celles qui sont placées aux deux extrémités de la rue. Les religieux, en aliénant une partie de leur jardin, s’étaient réservé une entrée qu’on devait leur ménager dans les nouvelles constructions. On trouve, en effet, au N°8 une allée qui n’a aucune communication avec les étages supérieurs, et qui conduisait au monastère.

Escalier des Feuillants, ce qui reste du monastère, traboule entre le 4 Rue de Thou et le 5 Petite Rue des Feuillants, Cour des Moirages
C’est vers cette même époque que remonte la création du quartier Saint Clair: la place Tolozan, la rue Royale, le quai St-Clair furent construits vers la fin du règne de Louis XV, et le commencement de celui de Louis XVI. Les constructions du quai commencèrent en 1760.
On sait que l’introduction en France des procédés de moirage des étoffes, par l’anglais Jean Badger, en 1755, se rattache au couvent des Feuillants. C’est dans l’intérieur de leur cloître, que sur la demande du Consulat, et moyennant un loyer de 1.500 livres fut établi le premier atelier de moirage. Il y a encore, aujourd’hui, la Cour du Moirage. La rue de Thou qui est dans cette partie, fut ouverte en 1810. Elle rappelle le souvenir de l’ami de Cinq-Mars.
La création du Port St-Clair fut décidée par le Consulat le 22 Octobre 1749. A cette époque, entre le bastion de St-Clair, situé un peu à l’aval de la culée du Pont-St-Clair (démoli) et l’extrémité du quai de Retz (quai Lassagne actuel) le Rhône se divisait en deux bras, séparés par un îlot permanent, sur lequel poussaient des arbres, comme dans les Iles de Miribel. Le bras droit formait une anse très prononcée, dont le sommet venait baigner le pied de la colline sur laquelle se trouvaient le Jardin du Séminaire, l’église des Pénitents de la Passion et la chapelle de l’ancienne Récluserie de St-Clair. Sur ce point le courant était très rapide; on y avait établi de nombreux moulins destinés à divers usages; dans les anciennes cartes, on peut en compter jusqu’à 18.
Pour faire le port projeté, il fallait barrer ce bras du Rhône et faire des travaux capables de résister aux grands courants de la rive concave, ce qui supposait de grandes dépenses. Manquant de l’argent nécessaire, le Consulat se décida à chercher un entrepreneur qui serait payé de ses travaux an moyen des terrains conquis.

Le sieur Jacques-Germain Soufflot, le grand architecte déjà aux Tuileries, le sieur Melchior Muet, architecte, demeurant rue des Marronniers, et le sieur Léonard Milanais, négociant, demeurant rue Puits-Gaillot, se présentèrent et acceptèrent les conditions imposées par le Consulat. En retour, pour les indemniser de la construction du dit Port de St-Clair, il leur fut cédé, en toute propriété, toute la superficie de terrain, depuis la partie cintrée du quai de Retz,, en face de la rue Puits-Gaillot, jusqu’à l’angle de l’épaule du bastion de St-Clair, y compris l’aire des anciens remparts, pour y élever tous bâtiments qu’ils jugeront convenables et disposer comme ils aviseront en laissant au public des espaces convenus.
Voici quelles étaient les conditions imposées aux entrepreneurs:
- 1°/ de construire ledit port suivant les plans et devis;
- 2°/ d’exécuter les travaux en cinq ans, la ville faisant conduire les remblais;
- 3°/ d’abandonner au public une largeur de 70 pieds, entre le Rhône et les maisons;
- 4°/ de donner au public une place à l’aval (la place Tolozan);
- 5°/ de donner une autre place analogue en amont (place devenue Louis Chazette);
- 6°/ de livrer derrière les maisons du quai, une rue de 24 pieds (rue Royale);
- 7°/ de livrer trois rues transversales de 24 pieds (les rues Dauphine en l’honneur du Dauphin, frère de Louis XVI; de Provence, en l’honneur du comte de Provence, frère de Louis XVI, et plus tard Roi Louis XVIII; de Berri, en l’honneur de Louis XVI qui portait ce nom avant d’être roi (Plus tard elle fut appelée rue Marceau, en souvenir du général Marceau, natif de Chartres et qui se distingua en Vendée et à Fleurus. Il commandait l’armée de Sambre-et-Meuse lorsqu’il fut tué à Altenkirchen à l’âge de 27 ans en 1796;
- 8°/ De ne vendre les terrains que suivant l’avancement des travaux.
Deux de ces entrepreneurs se firent construire chacun une vaste maison qui porta longtemps leur nom. Mr Milanais fit construire pour lui la première maison, au sud, à l’emplacement de la maison N° 18 de la place Tolozan. M. Muet fit bâtir pour lui la maison que l’on désirait sous le nom de la Maison du Clavecin, à cause de sa forme plus ou moins ressemblante à celle d’un piano à queue. C’est la grande maison comprise entre la Grande Rue des Feuillants, les rues Royale et Dauphine. Elle y prend jour par plus de 200 fenêtres.

Saint-Clair au 19éme siècle? Un paysage de fantaisie. Les plans sont des rêves
La place Tolozan est ainsi appelée à cause de la Grande Maison de ce nom qui, elle-même, rappelle la famille Tolozan. Le fondateur de cette famille Antoine Tolozan, écuyer, seigneur de Montfort était né d’une famille obscure dans les montagnes du Dauphiné, près de Briançon, vers 1687. Il mourut à Lyon le 19 Décembre 1754. Il vint en notre ville en sabots et avec une pièce de 24 sous dans sa poche. Il acquit par le commerce une des fortunes les plus considérables. C’est lui qui a fait bâtir par Soufflot la belle maison qui porte son nom. Son fils fut Prévôt des marchands en 1785.
Cette congrégation était une réforme des religieuses Bernardines, fondées par St Bernard, et malheureusement dans la suite oublieuses du premier esprit de Cîteaux. Les religieuses réformées fondées à Rumilly (Savoie) par Louise de Ballon, en Septembre 1622, prirent le nom de Filles de la Providence, mais le peuple les a toujours appelées les religieuses Bernardines réformées.
Les Bernardines réformées vinrent à Lyon, en 1731, d’abord au Gourguillon, dans un ancien couvent de la Visitation, ensuite dans la rue du Garet, dans la maison qu’occupèrent plus tard les missionnaires de St-Joseph. Mais se trouvant un peu à l’étroit elles achetèrent entre les deux sommets de la Grande-Cote et de la Montée St-Sébastien un terrain considérable, où elles firent bâtir une maison et s’installèrent en 1644.
Légendes …
Par suite du nombre des religieuses, d’un pensionnat de jeunes filles et des personnes plus âgées qu’elles qu’elles prenaient à demeure, elles firent reconstruire un bâtiment beaucoup plus spacieux et plus commode; la chapelle, cependant était modeste et n’avait rien de remarquable. L’emplacement occupé par les Bernardines dépendait de la paroisse St-Pierre et St-Saturnin; or, à raison de l’éloignement de l’église paroissiale, les habitants d’une grande partie des environs, entendaient la messe dans la chapelle des Bernardines, dans les temps de neige et de glace. La même raison d’éloignement de la paroisse faisait que l’on prenait le St-Viatique pour les malades dans cette même chapelle.
Vers 1719, les Bernardines cédèrent à un particulier de la ville un terrain pour y bâtir des maisons qui devaient revenir à la communauté après dix sept ans. Il restait du couvent des Bernardines, avant les démolitions pour le métro et l’immeuble dit Saint Bernard une veste maison grise à plusieurs étapes, côté sud, Bd de la Croix Rousse, à droite de l‘ancien funiculaire, puis sur la même ligne une maison plus modeste. Le première est l’ancien couvent des Bernardines, la seconde était l’aumônerie. Le clos acheté par M. Willermoz a été morcelé, en de nombreuses rues tracées, en vertu d’un décret du 15 Juin 1826 et en grande partie construite par l’entrepreneur Bodin. Ce quartier nouveau eut en quelques années une population ouvrière assez importante pour qu’en 1853 on songea a la détacher de St-Polycarpe et en faire une nouvelle paroisse qui prit tout naturellement le titre de St-Bernard. Le décret de fondation de St-Bernard est du 4 Juin 1853. Elle est séparée de St Polycarpe par la rue Imbert-Colomes dont elle a les maisons à numéros impairs. Son premier curé fut un vicaire de St-Polycarpe, M. l’abbé Dutel oui fit bâtir l’église actuelle et devint dans la suite curé d’Ainay.

Rue Sergent Blandan, un escalier en fer forgé du début du XVIIéme siècle
VII Le Bon Pasteur
Vers 1657, sur l’initiative d’une femme vertueuse et de qualité, s’établit à Lyon une œuvre de charité destinée à donner asile aux personnes du sexe oui voulaient se retirer du vice et quitter les mauvaises habitudes où elles s’étaient engagées. En 1675, Mgr Camille de Neuville pour donner plus de solidité à cette œuvre, enrôla en congrégation, sous le vocable du Bon Pasteur, les dames qui s’en occupaient. La communauté du Bon Pasteur fut d’abord située au sommet de la colline de la Croix Rousse, près des portes et à l’angle de la Grande-Côte,et de la place des Bernardines, par conséquent dans le voisinage immédiat de celles-ci.
La première maison du Bon-Pasteur devenant trop petite, on en construisit une plus vaste de 1725 à 1730. En 1751 la communauté descendit dans le couvent précédemment habité par les Religieuses de l’Annonciade, dites de St-Amour, qui avaient été elles mêmes transférées dans le premier monastère des Annonciades Célestes en 1740. L’œuvre exista jusqu’en 1793.

Montée des Carmélites, chez les Bleues célestes
Par la suite, la maison du Bon Pasteur fut affectée au casernement des troupes de la garnison. Mais le nom du Bon Pasteur persiste. Il y a une rue du Bon Pasteur. Et comme les Bernardines ont donné leur nom à l’église St Bernard, la communauté de la rue Nevret a donné son nom à la montée du Bon Pasteur.
VIII Les Colinettes
Sur l’initiative et grâce aux libéralités de la marquise de Coligny, fidèle en cela aux volontés du marquis défunt, s’établit le troisième couvent des religieuses de Ste Élisabeth à Lyon. Ce monastère avait un clos qui s’étendait presque jusqu’au sommet de la colline A ce sommet, il y avait l’ancienne Récluserie de St Sébastien, que les religieuses finirent par faire céder à leur monastère en 1669. La maison primitive que leur avait fait construire la marquise de Coligny devint dans la suite trop étroite pour le nombre des religieuses. Dès 1710, elles pensèrent à de nouvelles constructions, mais ce ne fut que de 1762 à 1766 que l’on construisit les bâtiments définitifs, qui sont considérables.
A l’époque de la Révolution, et longtemps encore après, ses bâtiments devinrent une caserne et ensuite employés à un hôpital Militaire, Villemanzy. Le clos fut acquis dans sa totalité par Pierre-Jacques Willermoz, médecin rue des Forces, le même qui acheta le clos des Bernardines.
Willermoz habita, travailla, pria et conversa avec les élémentals, les salamandres et les esprits des eaux dans ce qui est aujourd’hui la résidence Villemanzy
Le grand beau livre sur l’Illuminisme lyonnais, qu’on rattachera, eh oui, à ce qu’il est convenu d’appeler (mal) l’histoire du mouvement ouvrier … est celui d’Alice Joly.
Il est disponible sur Gallica.
Mgr Camille de Neuville avait fondé en 1654 un séminaire pour l’éducation des clercs, tout d’abord sous la direction des Pères de l’Oratoire; mais, plus tard il le confia aux Sulpiciens établis en Société par Monsieur Olier en 1641. Les Sulpiciens vinrent établir leur séminaire au quartier St-Clair où ils louèrent la petite maison dite Madagascar à peu près sur l’emplacement de l’ancienne maison Tolozan. Enfin en 1670, on acheta le terrain où s’éleva ensuite le séminaire, à la Croix-Paquet. Le séminaire resta là jusqu’en 1860, époque à laquelle il fut transporté sur la place des Minimes. Depuis l’emplacement est occupé par un jardin public.

Construit en 1694, sur le tènement de l’abbaye de la Déserte, aujourd’hui Rue Sergent Blandan. Une citation de Cicéron, De Officiis: Les strates et structures sont faites pour les hommes, pas l’inverse! (traduction libre)
La Croix-Paquet n’est pas sans avoir son histoire, dont voici quelques mots. En 1403, c’était une vigne dite de Saint-Côme, appartenant au prieuré de Saint Côme. Sur une partie de cette vigne, on ouvrit un grand fossé défensif appelé Grand-Gaillot. Plus tard, ce fossé comblé devint, en partie,la place dont nous parlons. Elle s’appela Place de la Croix du Griffon à cause de la croix de ce nom qui se dressait à l’intersection des deux chemins qui, de la montée du Griffoz ou Griffon, plus tard de la Glacière, allaient l’un vers la Recluserie de Saint-Clair, l’autre vers la Recluserie de St-Sébastien. Elle s’est ensuite appelée Place du Compère, puis place de la Croix-des-Rampeaux (vieux mot qui signifiait rameaux ) et enfin Place de la Croix-Paquet, du nom de Jean Paquet, bourgeois de Lyon, qui fit rétablir en 1628 cette même croix détruite par les Calvinistes.
X Les Pénitents de la Croix
La Confrérie des Pénitents de la Croix, ou de la Passion, fut fondée à Lyon en 1681, sous Mgr Camille de Neuville. Ils se vouaient à la méditation des saints mystères de la Passion, et aux bonne œuvres. Ils étaient vêtus d’un sac blanc et étaient remarquables par les images bénites des instruments de la Passion, qu’ils se faisaient une gloire et un bonheur de porter.

Ils se donnèrent une chapelle, maintenant détruite, adossée à la Balme, au-dessous des Colinettes, à côté de la maison N° 8 de la Place des Pénitents. Cette chapelle avait été augmentée et réparée en 1767, avec l’agrément de Mgr de Montazet. Les Pénitents existèrent jusqu’à la Révolution.
XI Érection de la paroisse Saint Polycarpe
Dans sa séance du 5 Février 1791, le Conseil Général, après avoir ouï Mr le Procureur de la Commune, arrêta que son vœu était que la ville de Lyon fut divisée en neuf paroisses.
Que la cinquième paroisse, dite du Nord-Est, comprendra tout l’espace depuis la ligne du milieu de la rue Puits-Gaillot, passant à quinze pieds de distance des maisons qui sont au nord de la place des Terreaux, la ligne du milieu de la rue Ste Marie, de la Grande Rue Ste-Catherine, le milieu de la place Neuve des Carmes, le milieu allant de ladite place à la porte des Capuçins du Petit-Forest, le milieu de la montée de la Grand’Cote jusqu’à et y compris la porte de la Croix Rousse, les fortifications de la ville jusqu’à la porte St-Clair, et toute la largeur du lit du Rhône, depuis la Porte St-Clair jusqu’au Pont Morand, eût pour église paroissiale celle des Oratoriens de la Rue Vieille-Monnaie; pour église succursale, celle des Feuillants, et pour église oratoire celle des Bernardines.

Plan de Lyon datant d’environ 1720, réalisé par le cartographe allemand Gabriel Bodenehr
Lyon, de l’an Mil au Rattachement

Montée de la Grand’Côte, 1835
La ville est un palimpseste qui s’écrit encore et encore.