Dans le désert d’Atacama les étoiles visibles à l’œil nu étaient si parfaitement indénombrables que nos ancêtres hominidés ne les ont pas nommées, préférant grouper en constellations d’absence les surfaces sombres tendues entre elles.
On raconte qu’au terme de ses errances, Enée, prince d’une ville détruite par la guerre, fonda Rome, qui à son tour fit la guerre, devint empire. On traça les cartes de cet empire, aux limites explosives, puis chahutées, puis implosives. A ces limites pourtant, les cartes ne se terminaient pas. Elles se prolongeaient en un continuum chargé de mystères. On y dessinait des êtres hybrides. On écrivait Hic Sunt Leones. Ici se trouvent les lions.
Le cosmos était in-terminé, supposé interminable, et la frontière non pas ligne -comme le sera celle des cartographies politiques plus tardives- mais hachure. Espace symbolique, qualitatif, nécessaire au prolongement du rêve. Les cartographes célestes penseront tantôt ligne, tantôt lions.
Que sont devenues les constellations d’antan?
Cataloguer les objets célestes finis et cartographier les frontières de l’univers sont deux activités vaines si l’on ignore les lions.

Iran, XVIéme siècle
À l’exception des thèmes astraux, les cartes du ciel dressées lorsqu’on organisait le monde en cadastres et nations souffraient d’une méfiance à l’égard du continuum insécable. On raconte que Fritz Zwicky répertoria 129 supernovae et compila 30000 galaxies. Un jour, tandis qu’il observait l’amas de la chevelure de Bérénice depuis l’observatoire du mont Palomar, Fritz Zwicky constata que la masse totale de matière lumineuse ne suffisait pas à expliquer l’effet Doppler. La densité moyenne devait être d’au moins 400 fois plus. Si cela s’avérait exact, on obtiendrait donc le résultat surprenant qu’une matière noire est présente à une densité beaucoup plus grande que la matière lumineuse.
Pédagogue, Fritz Zwicky simplifia: ce qui ne produit aucune radiation est Dunkle Materie. Fritz Zwicky dessina un lion.
En français, Dunkle Materie est souvent traduit par matière noire, perpétuant le malentendu. Le dunkel allemand, en effet, tout comme le dark anglais, a pour racine dengti couvert. Dunkel laisse entendre que la perception est temporairement empêchée, qu’il y a un voile susceptible de se lever. Lever les voiles? Fritz Zwicky décida qu’il était absurde de voyager dans l’espace autour de nous. Le plus simple était de propulser le soleil en direction de Proxima du Centaure. Le soleil aurait alors tracté notre système planétaire et nous aurions atteint notre destination au terme de 4000 révolutions.
Ce qui ne s’est pas fait mais se fera.
Après le désastre, la science ne manipulera plus les choses en renonçant à les habiter …
Il existait, dit-on, un peuple des forêts lisant le ciel comme une infinité d’amies lointaines brillant à nos yeux pour qu’on se souvienne d’elles. Malgré la canopée le ciel est une source. Le ciel est immobile, ce sont les étoiles qui tournent.
Un jour, l’orage tonna. Le vieil homme demanda à la vieille femme: l’as-tu entendu? La vieille femme répondit au vieil homme: Non, je n’ai pas compris ce qu’il a voulu dire.
Ainsi il était de coutume, en Italie et en Gaule, de désorceler les lieux frappés par la foudre. Un prêtre amassait des branches, des pierres, de la terre, et prononçait des formules consacrées. On disait de ses gestes, de ses paroles, qu’ils rassemblaient le feu. Pour avertir les passants, on marquait ce petit tertre de trois lettres. FDC.
Fulgure Divum Conditum, Foudre divine enterrée.
Sur le plateau d’Abomey, pour se protéger de la foudre, on portait un sachet contenant la vase du marais de Cana -si brillante qu’elle réverbérait les éclairs- mêlée aux feuilles du zunkuzui, un résineux court et résilient.
On pouvait aussi prélever, une fois sa chair consommée par les bêtes des bois, les os d’une personne foudroyée.
Djisô était la foudre d’en haut
Sogbo la grande foudre
Gbade la petite foudre
Aklombé celle qui tuait les hypocrites, Kajata la foudre accompagnée de pluie, Ogoun celle qui détruisait tout.