Nos sœurs enchanteresses et furtives dans les eaux de la mer

Elaine Morgan retrace le fil de l’interprétation misogyne des théories de l’Évolution.

Dans presque toute la littérature traitant des diffé­rences entre les sexes circule une thèse subtile selon laquelle la femme est un homme né de travers, c’est-à-dire que la femme est une version déformée du moule original. Les hommes seraient la norme et nous, les femmes, serions un écart. Presque immédiatement, les hommes se sont consacrés à la tâche agréable et fascinante d’inventer toute une série de nouvelles raisons pour lesquelles les femmes étaient clairement inférieures et irréversiblement subordonnées. Depuis, ils s’y consacrent avec bonheur. Au lieu de la théologie, [depuis Darwin] ils ont eu recours à la biologie, à l’éthologie et à l’étude des primates, mais ils sont arrivés aux mêmes conclusions.

La théorie du primate aquatique

Elaine est célèbre dans le monde anglo-saxon pour ses hypothèses, disons romanesques, et probablement assumées comme telles -nous sommes dans le champ des théories-fictions, une spécialité galloise avec le travail sur cuivre, les dragons et la fantasy… : les proto-humains femelles se seraient réfugiées dans l’eau avec leurs petits pour éviter les prédateurs, devenant pour cette raison de plus en plus glabres, jusqu’au Singe Nu qui se tient sur deux pattes.

Et d’autres seraient devenues des sirènes … Nos cousines inconnues et furtives, enchanteresses.

Elaine démonte l’Hypothèse du Grand Mâle Chasseur, qui était tout aussi pseudo-scientifique que l’Hypothèse Aquatique: par une fiction poétique elle déconstruit un scénario qui servait surtout, encore et encore, à oblitérer l’inventivité maternelle.