Nous étions les Gardes de l’Empereur
Jeunes sans honte et sûrs de ses faveurs
Croyant faire la pluie et le beau temps
Enfants gâtés sans foi ni loi
Le jour durant jouant aux dés
La nuit volant les filles
Le Commandant n’osait pas nous toucher
Nous nous tenions sur les marches d’albâtre
Nuits de Lishan! Neiges folles!
La chasse à l’arc dans le Palais des Saules!
Heureux d’être des brutes illettrées
Des jours entiers à nos festins d’ivrognes …
Notre maître a rejoint les Immortels
Puis nous fûmes frappés par la disgrâce
Mais il était trop tard pour les études
Ou pour apprendre à former un poème
Deux préfets m’accueillirent
Me voici fonctionnaire de l’Empire
Mais incapable et muté en province

Brusquement je retrouve Maître Yang
Nous parlons du passé et nous pleurons
Qui saurait reconnaître un exilé
Personne si ce n’est un vieil ami
Wei Yingwu
Une photographie de Victor Segalen
Wei Yingwu, qui appartenait à une famille de la haute aristocratie, les Wei –même si, visiblement, elle avait beaucoup perdu de son influence– avait, dans sa prime jeunesse, appartenu à la garde privée de l’Empereur Xuanzong (d’où les marches d’albâtre: l’accès direct à l’empereur), sous le règne duquel la dynastie Tang avait atteint son apogée). À Lishan, au nord-est de la capitale Chang-An, se trouvaient les sources chaudes que l’empereur fréquentait en hiver. Ce monde s’est effondré avec la rébellion de An Lushan, en décembre 755, qui vit la chute, puis la mort de l’empereur.