Entendons-nous

Lacan: Le psychanalyste, c’est la pré­sence du sophiste à notre époque, mais avec un autre statut. Les sophistes et les psychanalystes ont le même rapport au langage: ils prennent le mot au mot. Ils écoutent, ils entendent et ils renvoient.

Gorgias montre comment Parménide joue sur les mots sans en avoir l’air. Et lui de son côté en profite pour jouer pour de bon, en en ayant l’air, et c’est ça qu’on lui reproche. En somme, il montre que le roi est nu. Vous avez entendu ce que vous avez dit? Le psychanalyste, le sophiste, sont comme un mur qui renvoie son dire à celui qui parle. On se met alors à entendre ce qu’on dit et même ce qu’on veut dire, je ne suis plus caché, en peine, par la grâce paradoxale des éponymies, des équivoques, des homonymies et des à-peu-près.

Marie Cariou: Lacan a le style de son objet: petit a, point. A la ligne.

Parler est un acte, on le savait, mais qu’on se le dise! La preuve, c’est que parler ça soigne, ça peut même guérir. Les sophistes voient le langage comme un pharmakon, une drogue, un remède qui, c’est normal, peut être un poison. Antiphon le sophiste ouvre un cabinet sur l’agora de Corinthe et met une plaque: spécialiste en art du déchagrin, il a la technique pour soigner en écoutant, les récits de rêve par exemple. La preuve que ça marche, c’est que ça se monnaye. Dans une autre société il y aurait d’autres preuves, parlons-en. Les sophistes et les psychanalystes, au grand scandale des philosophes, font payer la parole. Et vous allez voir ce que vous allez voir.

Barbara Cassin, Le bonheur …

Tétradrachme, Sicile, vers 300.

Aréthuse: une autre nymphe que celle que Ronsard célébra, la même.