Les choses qui font battre le cœur

Des moineaux qui nourrissent leurs petits.
Se coucher seule dans une chambre délicieusement parfumée.
S’apercevoir que son miroir de Chine est un peu terni.
Une nuit où l’on attend quelqu’un. Tout à coup, on est surpris par le bruit de l’averse que le vent jette contre la maison.

Choses qui font naître un doux souvenir du passé

Les roses trémières desséchées.
Les objets qui servirent à la fête des poupées.
Un petit morceau d’étoffe violette ou couleur de vigne, qui vous rappelle la confection d’un costume, et que l’on découvre dans un livre où il est resté, pressé.
Un jour de pluie, où l’on s’ennuie, on retrouve les lettres d’un homme jadis aimé.
Un éventail chauve-souris de l’an passé.
Une nuit où la lune est claire.

Musée Nihon, Amsterdam

L’herbe aventureuse croît, dit-on, sur les falaises, en vérité, cela ne donne guère confiance, et j’en suis peinée. La plante de jusqu’à-quand [itsumadégusa, l’orpin] pousse sur de vieux murs très fragiles, et j’ai pitié d’elle, car il semble que ces murs pourraient s’écrouler plus facilement encore que les falaises. Il me déplaît de penser que cette plante ne croîtrait sans doute pas sur un vrai mur bâti avec de la chaux. L’herbe sans-tracas [on l’aurait portée, fixée à la coiffure, pendant les périodes de retraite, ce qui expliquerait son nom]: il est amusant de se dire qu’elle pourrait ne se soucier de rien. Peut-être aussi un malheur qui l’accablait s’en est-il allé? L’une ou l’autre des deux explications est amusante.

Dame Sei Shônagon