2 Le flambeau des analogies

Quand il leur parlait, il utilisait toujours des exemples.

Mathieu, 13-34

La parole (parabole) compare, parle en figures: succession d’exemples chez Luc. Petites fables. Le kérygme parle par l’imagination: Imaginez- vous que … Il annonce ce qu’il en est en comparant. Où sommes-nous? Qu’en est-il de cet ici -que nous appelons ici-bas? Le Royaume est en étant semblable à … A quoi?

Le Royaume, mot lui-même tiré de l’expérience historique des hommes, n’est pas l’Au-delà, c’est ce que Dieu avait prévu pour les hommes. C’est notre monde terrestre, s’il était pareil à ce Royaume qu’il peut être, une noce, une vendange … Le comparant (pour imaginer le Royaume) est fait de choses d’ici-bas (perception, expérience). Le  Royaume qui sert de comparant (pour une pensée qui lève le regard vers le très Haut, séjour qui ne nous attend plus sous la terre mais au ciel, c’est-à-dire au-dessus du ciel) est lui-même comparé (sché­matisé) par des choses, comportements et actions, de tous les jours. Les deux séjours passent l’un dans l’autre; faites comme les oiseaux du ciel qui ne se soucient de rien de terrestre pour être dans cette gloire, cette beauté, de la terre que vous voyez, à laquelle le Royaume est (serait?) semblable. La différence ici-bas/là-haut (là-bas), qui doit être prise en vue d’espérance pour penser au Royaume, est dressée, verticalisée, à partir de différences horizontales, c’est-à-dire entre choses de l’affairement quotidien.144664-sd

Il n’est pas nécessaire de croire en la réalité des Idées, séparées, immuables, pour s’attacher à concevoir et à maintenir la différence philosophique, appelons-la comme ça; ou métaphysique, qui court de Socrate (différence choses belles et beauté, par exemple) à Kant (différence empirique-transcendantal) et au-delà … jusqu’à nous. Il est nécessaire de croire en l’esprit, entendu simplement comme conception d’idéalités distinctes des faits descriptibles, discernement d’intelligibles par l’intel­lect agent, non séparées platonique­ment. Il y va de la vie de l’esprit et de la différence moderne théorie-pratique, qui maintient ouverte la possibilité de juger et de projeter. Par exemple (je me borne à la preuve d’un exemple bien choisi) à ne pas renoncer à la justice (majuscule devenue inutile) sous prétexte que l’injustice règne et ne peut pas ne pas régner. Rendre la justice, qui n’existe pas dans les faits, est au programme de la raison -pratique.

Michel Deguy

Mario Giacomelli