2 … Et entrer dans l’histoire

Les céréales cultivées: blé, maïs, sorgho, riz, qui représentent l’essentiel de nos ressources vivrières sont des plantes annuelles. Chaque année elles sont semées au printemps ou à l’automne et moissonnées cinq à six mois plus tard. D’où l’intérêt qu’il y aurait à créer des céréales pérennes (vivaces) c’est-à-dire capables de fructifier plusieurs fois dans leur existence. 
Les plantes pérennes ont une saison de croissance plus longue donc un système foliaire plus longtemps fonctionnel; ceci permet une activité photosynthétique plus étalée dans le temps qui va accroître la productivité. Leur système racinaire est aussi plus développé que celui des plantes annuelles; ce système interceptera et utilisera mieux l’eau issue des précipitations, il sera plus efficace contre les risques d’érosion. Enfin l’utilisation d’une plante pérenne permet de réduire les interventions agricoles telles que: semis, fumures, désherbages. Elle économise les intrants et réduit les émissions de gaz à effets de serre.

Transformer une plante annuelle en plante vivace pose problème. Il faut aller rechercher le caractère vivace chez une espèce voisine et l’introduire par croisements dans l’espèce à modifier. Un tel projet avait été tenté sur le blé aux États-Unis et en Russie en 1960. Ces programmes ont échoué par suite de stérilité des hybrides interspécifiques et de présence de caractères indésirables. 

Van Gogh: Usines, minoteries, moulins, clochers et culture industrielle de blé

Aujourd’hui la question rebondit: avez-vous déjà entendu parler du kemzaune céréale vivace capable de produire plusieurs récoltes avec un seul semis? Riche en protéines, calcium et oméga 3, cette plante est destinée à l’alimentation humaine. Elle permettrait de réduire la pression sur les agrosystèmes en comparaison avec ses cousines au cycle annuel.

Le kemza a été sélectionné à partir de l’agropyre intermédiaire introduite pour le fourrage. Le système racinaire complexe de l’agropyre est capable de descendre jusqu’à 5m de profondeur contre 1m pour le blé. Pour l’heure, le kemza pèche par sa productivité, les rendements sont de l’ordre de 1 à 3 tonnes/ha. Mais certains brasseurs et meuniers commencent à développer des bières artisanales et des farines à base de kemza.

Courbet, Le champ de blé aux coquelicots

Certains scientifiques s’y penchent aussi, c’est le cas notamment de Christophe David, agronome et directeur scientifique à l’école d’ingénieur de Lyon, Isara. Il a fait l’objet d’une interview dans le magazine Perspectives agricoles de juillet-août 2018.

Ils ont peint, à ce moment en somme très périlleux de l’histoire humaine, pour que se redresse la flammeYves Bonnefoy