Au lieu du bosquet, passez-moi le mot, vous aurez les branches vives

J’aimerais parler d’un livre, L’Astrée, très lu sous Louis XIII, je souhaiterais qu’il fût pays, pays avec villages et collines, hameaux et fermes isolées, pays que les pas peuvent atteindre et les troupeaux investir, mais les prés restent à leur place entre Roanne et Saint-Étienne et la lecture n’est pas la marche, à première vue.

Tourner la difficulté au lieu du bosquet (passez-moi le mot, vous aurez les branches vives), en rire comme d’une idée de sommeil (allongée en ellipse du sud au nord, la plaine du Forez, lieu-dit de L’Astrée, est d’ailleurs un lit, bientôt le vôtre, le lit d’un lac dissipé depuis le tertiaire, le prouvent, outre l’analyse des sols, la tournure flottée des Foréziens, leur indolence qui garde en mémoire le fil de l’onde), si cela se nomme sommeil cette permanente impression en lisant d’ouïr des paysages, l’arbre glissant dans l’arbre, la rivière dans ses eaux (le Lignon se jetant en Loire à Feurs, 6 692 habitants, y perdant son nom propre, écrit Honoré d’Urfé, l’auteur de L’Astrée), croire à un leurre montant de la troupe des syllabes (L’Astrée a ses mirages, son espace moutonnant, poissonnant où des ombres au fin fond du discours échangent des paroles aussi chimiques que l’eau des sources), arguer d’une illusion d’oreille ou d’œil (il faudrait des sens intermédiaires, ni le toucher ni l’odorat ni les autres, un mélange) ne m’empêchera pas de poursuivre la chimère d’un livre engagé dans le relief (le volcanisme du Forez s’expliquerait-il ainsi?) dont j’entends le murmure végétal, les chaumes, quand la phrase s’éternise en phrases -les longueurs tant décriées de L’Astrée, ses engourdissements d’argile et de sable- de sorte que plus personne ne sait de quoi il est question, à part l’écho, signe d’une terre proche (sous quels mots, les mottes?), qui interroge encore, subtil arpenteur.

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Le sentiment géographique