L’apparition spectrale de Jayne Mansfield et de Howard Philip Lovecraft dans la bibliothèque de Charles Maurras, Chemin du Paradis, Martigues, nuit du 18 Juin 1940

MansfieldLovecraft

On ne comprend rien à Monsieur Maurras dès qu’on juge l’homme par l’œuvre car l’œuvre n’est pas l’homme. C’est pour lui, pour sa propre sécurité, que l’auteur de L’Enquête a construit ce vaste système défensif, dont il est le maître et le prisonnier.
Sous cet enduit protecteur dont aucune objection, aucune expérience n’eût été capable de rayer seulement l’émail, sur cette carapace étincelante, achevaient de se dissoudre les plus précieuses puissances de l’âme, celles de la sympathie. Ainsi la conscience pouvait se liquéfier comme un cadavre dans son tombeau de marbre sans que rien ne décelât au dehors le travail de la pourriture …
Mr Charles Maurras s’est vengé toute sa vie sur les âmes généreuses, nées pour croire, du démon critique qui le ronge, du nihilisme désespéré qu’il cache au plus profond de son être, depuis certaine époque tragique d’une adolescence malheureuse … La vérité c’est qu’il ne croit pas plus à la raison qu’à la monarchie ou à l’Église, et il serait trop facile de dire qu’il ne croit qu’à lui-même, car il n’y croit pas non plus. Que Dieu le prenne en pitié.

Georges Bernanos, Écrits de Combats, 2, 454, cité par Augustin de Lestrange, L’Herne-Maurras, page 163